Orphe­lin, Shi-jie a gran­di dans une école de kung-fu. Il s’aperçoit par hasard que sa maîtrise des arts mar­ti­aux fait aus­si de lui un fab­uleux joueur de bas­ket. Suiv­ant les con­seils d’un mal­frat de sec­onde zone, Chen-li, il rejoint l’équipe de l’université locale afin de les aider à rem­porter la com­péti­tion qui les opposera bien­tôt aux joueurs les plus red­outa­bles qui soient… Tout sim­ple­ment mau­vais !

Le bas­ket est en passe de devenir le sport le plus pop­u­laire en Chine. Il aura fal­lu pour cela l’arrivée il y a une poignée d’années en NBA du géant Yao Ming. Piv­ot spec­tac­u­laire des Hous­ton Rock­ets, celui-ci est devenu l’une des prin­ci­pales icônes sportives de l’Empire du Milieu. Les retran­scrip­tions de ses match­es rem­por­tent des audi­ences con­sid­érables et son physique tout en longueur s’affiche partout faisant la pub­lic­ité de tel ou tel pro­duit.

Sur­fant sur la vague, le bas­ket chi­nois a con­nu un véri­ta­ble essor. Le cham­pi­onnat nation­al a été com­plète­ment mod­i­fié façon NBA. Avec fran­chis­es régionales, pom-pom girls à gogo, et usage féroce de la sono… Et les résul­tats sont plutôt au ren­dez-vous. Il y a quelques jours, aux Jeux Olympiques, l’équipe de Chine a réus­si à attein­dre les quarts de finale. Encore loin de leur mod­èle améri­cain, mais plus du tout ridicules le bal­lon à la main.

Vu le con­texte, il n’est guère éton­nant qu’un film chi­nois entière­ment con­sacré au bas­ket arrive ain­si sur nos écrans. For­cé­ment, la poussée mar­ket­ing n’allait pas épargn­er le ciné­ma. Malins, les pro­duc­teurs nationaux avaient tout intérêt à coller à l’effet mode. Avec sans doute la béné­dic­tion d’autorités dites sportives, mais là-bas très poli­tiques.

Une dic­tature aime tou­jours rem­porter des médailles. Et puis, il est telle­ment avan­tageux de voir sa jeunesse emplir les ves­ti­aires plutôt que les rangs de la dis­si­dence… Comme il est plus agréable de voir ses citoyens se figer en masse devant un match, de fournir les jeux à défaut de pain, plutôt que les voir con­sul­ter par mil­lions le site de la BBC.

Bref, nous voilà donc assail­lis en cet été finis­sant par de mul­ti­ples encar­ts van­tant les mérites de Kung Fu Bas­ket, oppor­tuné­ment devenu Shaolin Bas­ket en pas­sant les fron­tières. Même si la trame des deux films est étrange­ment proche, celui de Kevin Chu n’a pour­tant rien à voir avec le suc­cès plané­taire de Stephen Chow.

Shaolin Soc­cer était drôle, Shaolin Bas­ket est juste lourd. Oubliez les poussées bur­lesques, bon­jour les blagues de potach­es. Shaolin Soc­cer usait des effets spé­ci­aux comme d’un cray­on mag­ique tran­scen­dant le réel en un délire graphique et enfan­tin, Shaolin Bas­ket n’en fait que des pâtés baveux et sans charme.

Shaolin Soc­cer repo­sait sur un cast­ing de gueules cassées attachantes, Shaolin Bas­ket tente, lui, de nous ven­dre un énième ersatz de Bruce Lee (Jay Chou) et une galerie de minet(te)s à franges comme per­son­nages. Même Eric Tsang, ron­douil­lard pétil­lant chez To, et qui aurait pu sauver quelque peu la baraque, préfère se réfugi­er dans le caboti­nage de bas étage que de s’acharner à col­mater les brèch­es de ce Titan­ic ciné­matographique.

Surtout, Shaolin Soc­cer éprou­vait une sym­pa­thie nos­tal­gique pour les vieux maîtres du kung-fu s’inquiétant d’un pays prêt à sac­ri­fi­er ses tra­di­tions pour de l’argent, Shaolin Bas­ket les ringardise célébrant à tout va le mod­erne par rap­port à l’ancien dans une folle ode à la réus­site indi­vidu­elle.

Au bout du compte, à moins d’y voir en creux le sin­istre por­trait d’un pays démon­trant par l’absurde que libéral­isme et lib­erté ne vont pas oblig­a­toire­ment de soi, l’ascension de ce self-made-man en short est grande­ment évitable.