Dans la Russie de la fin du dix-neu­vième siè­cle, un jeune homme naïf et un tan­ti­net sim­plet décide d’aller voir le tsar afin de lui ren­dre compte des exac­tions com­mis­es sur une tribu par un de ses émis­saires. Seul avec son cheval, il tra­verse toute la Russie et se retrou­ve con­fron­té à de mul­ti­ples épreuves. Mais conçu comme un con­te, le film peine grande­ment à décoller, à pren­dre une véri­ta­ble con­sis­tance.

Ce con­te pour enfants, en forme de road-movie à cheval situé dans les dernières années du tsarisme, joue, et on peut le com­pren­dre, avec l’im­men­sité de la terre russe comme source inépuis­able de mys­tère. Les éten­dues glacées et bien sûr hos­tiles à l’homme four­nissent une série d’épreuves fortes. Car tra­vers­er un pays à cheval est une épreuve. Mais quand le pays a pour nom la Russie, cela devient for­cé­ment déli­cat et com­pliqué. Le réal­isa­teur a donc mis en avant les paysages, leur immen­sité, le froid per­ma­nent, sans jamais tomber dans la carte postale à l’aspect lisse et léché. De ce côté-là, c’est assez réus­si, d’au­tant plus que le cheval est beau et que sa com­plic­ité avec notre jeune héros est assez touchante. Mais n’ex­agérons rien!

Décou­verte des paysages de la Russie, mais aus­si décou­verte de tribus, éparpil­lées ça et là, aux mœurs et aux cou­tumes dif­férentes, comme oubliées, hors du temps, et dont la survie ne sem­ble tenir à rien. Mais le film ne souhaite pas, et c’est son droit, dévelop­per et chercher à mon­tr­er de façon doc­u­men­taire quelles sont ces tribus. Il ne cherche pas à don­ner des infor­ma­tions mais essaye plutôt de jouer sur l’aspect étrange et mys­térieux des appari­tions, c’est-à-dire le moment et la façon dont elles pénètrent dans le champ de l’im­age. Sou­vent, notre héros se retrou­ve mal­gré lui et de façon abrupte encer­clé par des indi­vidus venus d’on ne sait où. Le réal­isa­teur opte pour la ren­con­tre de l’é­trange et du mer­veilleux, et ce au détri­ment d’une approche réal­iste, his­torique et doc­u­men­taire. Mais si ce par­ti pris est on ne peut plus intéres­sant, il est pour­tant cer­tain que ces ren­con­tres man­quent cru­elle­ment de magie car la mise en scène peine à véri­ta­ble­ment don­ner de l’am­pleur à ces appari­tions. Dif­fi­cile de regarder ce monde avec les mêmes yeux ahuris que le per­son­nage. Et c’est bien dom­mage. Du coup, ce manque d’ac­croche rend le film plat et vite ennuyeux.

Pour­tant, le per­son­nage de Jacques Gam­blin est intéres­sant, car il reprend un thème cher à John Ford: l’idéal­i­sa­tion d’un héros pop­u­laire dont l’im­age est romancée, non con­forme à la réal­ité, et ce en vue d’en faire un per­son­nage aimé de tous, dont l’au­ra sera à même de servir une cause. Car Gam­blin dirige un genre de théâtre d’om­bres qui, ayant ren­con­tré notre jeune homme par hasard, décide de racon­ter son his­toire en enjo­li­vant les faits au fur et à mesure. Pré­fig­u­ra­tion intéres­sante d’un sys­tème médi­a­tique qui, pour assur­er sa survie finan­cière, se doit de met­tre en avant des héros, allant même jusqu’à tomber dans la fable et à embaumer la réal­ité.

Le défaut de Serko est donc peut-être de man­quer d’am­bi­tion: sans tomber dans le spec­tac­u­laire, le film peine à véri­ta­ble­ment emporter le spec­ta­teur dans un voy­age. Jamais rien ne sem­ble poussé à son terme, que cela soit la mise en avant du paysage, de son immen­sité, ou la décou­verte des dif­férentes tribus appa­rais­sant ça et là. Chaque thème abor­dé sem­ble se diluer petit à petit, ne pas for­mer un bloc homogène. Plusieurs pistes lancées, comme la défense des minorités opprimées et les rap­ports qu’en­tre­tient le per­son­nage prin­ci­pal avec son père, sont dif­fi­cile­ment tenues, sans vigueur et sans con­vic­tion. Les ren­con­tres et étapes n’ont que peu d’in­térêt et, de fait, le spec­ta­teur, bien qu’ayant un cœur (un petit!) et souhai­tant que notre héros et son cheval s’en sor­tent, aspire à ce que ce voy­age dans les immen­sités russ­es prenne rapi­de­ment fin.