Sept frères est un film d’animation à petit bud­get, une copro­duc­tion fran­co-fin­landaise, dont la sor­tie en salles est des­tinée à être très lim­itée. C’est pour­tant un joli film adap­té d’un roman fin­landais d’Aleksis Kivi, et dont la tech­nique d’animation à pre­mière vue tra­di­tion­nelle cache un véri­ta­ble tra­vail d’orfèvre.

La col­lab­o­ra­tion entre Riit­ta Neli­mark­ka, artiste-pein­tre fin­landaise, et Claude-Louis Michel, réal­isa­teur indépen­dant de doc­u­men­taires, est un bel exem­ple de la façon dont un film peut se con­stru­ire au-delà de la notion de fron­tières. Riit­ta Neli­mark­ka a tra­vail­lé pen­dant plusieurs mois en com­pag­nie de son mari, Jaakko Seeck, pour don­ner vie à ce con­te en joignant la tech­nique de l’aquarelle pour les décors et du papi­er découpé pour l’animation. Un tra­vail pour le moins fas­ti­dieux, avec plus de 200 décors dif­férents et des per­son­nages découpés aux ciseaux, qui néces­si­taient des heures de tra­vail pour faire bouger les mem­bres de cha­cun de manière indépen­dante. En résul­ta un film de 74 min­utes que Jean-Jacques Var­ret, pro­duc­teur chez Les Films du Para­doxe, rame­na dans ses valis­es pour con­fi­er la suite du pro­jet à Claude-Louis Michel. Il fal­lut un tra­vail de réor­gan­i­sa­tion des séquences pour épur­er le réc­it et le ren­dre plus com­préhen­si­ble, en y adjoignant la voix d’un nar­ra­teur pour cimenter le tout. Et ain­si don­ner nais­sance à cette ver­sion qui sort aujourd’hui, rac­cour­cie à 55 min­utes.

Le choix de l’aquarelle comme base de tra­vail pour les décors donne un résul­tat très enchanteur, et qui per­met de laiss­er voguer tran­quille­ment l’esprit du spec­ta­teur au gré des dif­férents tableaux. Le réc­it fait office de fable sur l’obéissance et la vie de groupe, à tra­vers l’histoire de sept frères orphe­lins trublions et paresseux, qui préfèrent l’oisiveté aux travaux de la ferme famil­iale dont ils ont hérité. L’avancée du réc­it est par­fois décousue, notam­ment par le biais de digres­sions en forme de rêves et de légen­des, mais pas réd­hibitoire car elle laisse le champ libre à la flâner­ie. Cette suc­ces­sion d’épisodes (dont cer­tains assez drôles : un ours saoul, une chorale de bœufs et de vach­es) pro­duit un petit moteur à fic­tions plutôt agréable. Le tra­vail du son, cen­tré sur une voix off qui ne can­ni­balise jamais le réc­it, est un bel exem­ple de min­i­mal­isme : les per­son­nages par­lent très peu, les bruitages sont dépouil­lés et réal­istes, la musique évo­ca­trice sans être redon­dante. Sept frères est une nou­velle preuve, après Une vie de chat et Arri­et­ty, qu’il est pos­si­ble de pro­pos­er des films d’animation qui sor­tent des sen­tiers bat­tus et pro­posent de nou­veau modes de nar­ra­tion, à rebours des gross­es machines qui déroulent leur pro­gramme en un déluge de blagues, de cas­cades et d’effets en tout genre. Espérons que ces films de la marge pour­ront con­tin­uer à se faire, mal­gré le peu de poids qu’ils pèsent face aux ogres améri­cains. Il en va de la bonne san­té et de la var­iété du film d’animation.