De Scar­let et l’éternité, on retien­dra surtout des visions tout droit sor­ties d’un étrange cauchemar numérique. Ain­si d’une marée sans fin de bras décharnés sur­gis­sant du sol, ou d’un ciel de ténèbres moiré, comme défor­mé par une série de com­pres­sions. Loin de mas­quer son usage des effets visuels – comme cer­taines pro­duc­tions aiment à le faire, imi­tant l’an­i­ma­tion tra­di­tion­nelle 2D en employ­ant les out­ils de la 3D –, le film prend donc à bras-le-corps la bizarrerie que peut pro­duire l’emploi des CGI, cer­tains des paysages frisant même l’abstraction. Les pro­tag­o­nistes y arpen­tent en effet de déroutants espaces lim­i­naires, qui tien­nent davan­tage de l’aplat de couleurs cha­toy­antes que de véri­ta­bles décors. Devant ces scènes, on croirait voir des per­son­nages de jeux vidéo s’aventurer hors des con­fins d’un niveau ou des espaces mod­élisés d’une carte. Ce pan lab­o­ran­tin du film se retrou­ve toute­fois anémié par le déploiement du réc­it, autrement con­ven­tion­nel. Après une amorce shake­speari­enne en accéléré – un roi trahi par son frère, une princesse orphe­line dont la ten­ta­tive de vengeance échoue –, Scar­let se réveille dans le roy­aume des morts, où se rejoignent les défunts de tous les siè­cles. La princesse médié­vale y fait la ren­con­tre de Hijiri, un infir­mi­er paci­fique issu de notre époque. La dimen­sion édi­fi­ante du film se révèle alors : il s’a­gi­ra pour la pro­tag­o­niste de tarir sa soif de vengeance au con­tact de l’al­tru­isme du jeune homme. Cette dynamique nar­ra­tive, redou­blée à coups de dia­logues expli­cat­ifs et de mono­logues intérieurs, est égale­ment illus­trée par l’évo­lu­tion de l’ap­parence de Scar­lett, qui traduit un tra­jet de l’av­ilisse­ment vers la pureté. Le film escamote d’abord son per­son­nage de princesse par­faite, qui aura tôt fait de tro­quer sa robe à fleurs pour une armure de guer­rière. Sa muta­tion est haute­ment physique : elle s’incarne à même son vis­age (écume aux lèvres, vom­isse­ments, traces de terre, blessures, traits défor­més par la hargne, etc.). Ce n’est que lorsqu’elle aura intéri­or­isé la sagesse d’Hijiri qu’elle pour­ra, lavée par ses nou­veaux idéaux, arbor­er une apparence de poupée par­faite, sa chevelure rac­cour­cie comme seule mar­que physique de son appren­tis­sage. Curieux itinéraire nar­ratif que celui de cette princesse arché­typ­ale qui se mue en com­bat­tante pour mieux retrou­ver ses crino­lines.