Pour son troisième long métrage, la réal­isatrice et comé­di­enne Agnès Oba­dia retrou­ve son per­son­nage fétiche, Romaine, qu’elle a incar­né dans ses pre­miers films. Mais cette fois, l’héroïne gaffeuse et larguée prend les traits de l’ir­ré­sistible San­drine Kiber­lain, par­faite dans la peau de cette grande fille toute sim­ple con­fron­tée à une avalanche de sit­u­a­tions improb­a­bles. Le résul­tat, iné­gal, se laisse néan­moins regarder avec plaisir.

Romaine a vrai­ment le chic pour se laiss­er hap­per par un trou noir de cat­a­stro­phes en chaînes. Son petit ami, Justin (Pas­cal Elbé) lui fait la sur­prise de l’emmener au Québec pour les fêtes de fin d’an­née. Mais dans l’avion, Romaine, per­suadée qu’elle va mourir dans un acci­dent, plaque Justin: trop gen­til, trop prévenant et surtout, inca­pable de la faire jouir. Oui mais voilà: l’avion ne s’écrase pas et Romaine se trou­ve plan­tée à Mon­tréal, sans papiers et sans bil­let retour. Et ce n’est que le début…

En France, où l’hu­mour bas du front pour stars périmées rem­plit les salles, la comédie bur­lesque se fait plutôt rare: remer­cions donc Agnès Oba­dia de se ris­quer sur des pistes si peu emprun­tées. Sur le canevas clas­sique et trop rebat­tu de la chronique sen­ti­men­tale d’une trente­naire mal dans sa peau, elle brode son per­son­nage (déjà bien rôdé) avec l’in­con­science joyeuse de ceux qui n’ont pas froid aux yeux. Et l’on se laisse guider par le charme éber­lué de San­drine Kiber­lain, qui enfile le rôle comme on se glisse dans des chaus­sons. À vrai dire, on dirait presque que Romaine a été inven­tée pour elle: l’air de ne pas y touch­er, la comé­di­enne se délecte des hor­ri­bles (et sou­vent hila­rantes) sit­u­a­tions inex­tri­ca­bles dans lesquelles son per­son­nage plonge la tête la pre­mière. Plus c’est énorme, plus on rigole, et le décalage provo­qué par le jeu détaché de l’ac­trice et l’ab­sur­dité de ses mésaven­tures est un petit délice.

Le revers de la médaille, c’est cette impres­sion de film à sketch­es qui se dégage des péripéties endurées par Romaine: for­cé­ment iné­gales, les dif­férentes par­ties sont mis­es bout à bout sans véri­ta­ble souci de cohérence, mal­gré un vague fil rouge (Romaine va-t-elle se rabi­bocher avec Justin?) et une sym­pa­thique ten­ta­tive de déter­ri­to­ri­al­i­sa­tion de l’hu­mour à la française, con­fron­té ici au charme rugueux et chaleureux de nos cousins québe­cois. Agnès Oba­dia peine un peu à se dépa­touiller de son fil d’in­trigues et n’évite pas tou­jours les blagues au ras des pâquerettes. Surtout, à force de pouss­er cette pau­vre Romaine dans ses retranche­ments, elle ne parvient qu’à moitié à ren­dre pal­pa­ble la grande détresse affec­tive et psy­chologique de son héroïne − et il faut bien tout le savoir-faire de San­drine Kiber­lain pour insuf­fler l’hu­man­ité néces­saire à un rôle aus­si car­toonesque. À bien y réfléchir, Romaine ferait un mer­veilleux per­son­nage de série télé, de la trempe de ceux qui font les beaux jours des net­works améri­cains. À bon enten­deur…