Cinq ans après Petite chérie, Anne Vil­lacèque nous livre le pathé­tique des­tin croisé de trois âmes en peine : une mère, sa fille et un agent immo­bili­er. À par­tir d’un mai­gre scé­nario vu mille fois, la réal­isatrice nous assomme avec un film con­venu et ennuyeux. Quand les clichés du ciné­ma français obser­vent les clichés de la Cité des Anges…

Stel­la (Vahi­na Gio­cante), dix-sept ans, belle et blonde, vit avec sa mère (Miou-Miou), sur la Côte d’Azur. L’une est danseuse dans des clubs, l’autre femme de cham­bre dans un hôtel de luxe. Elles entre­ti­en­nent des rela­tions trou­bles. Tan­dis que l’une s’éveille au monde, l’autre a du mal à accepter l’au­tomne de sa vie…

Dans le dossier de presse la réal­isatrice par­le d’une ver­sion con­tem­po­raine de Bel­lis­si­ma de Vis­con­ti. Riv­iera est donc un film qui se rêve beau­coup mais qui n’est finale­ment que bour­sou­flures et lieux com­muns. Rien ne vient bous­culer le sché­ma que la réal­isatrice s’im­pose et qui appa­raît comme une pure con­ven­tion de mise en scène assez éculée. Pas tout à fait sen­suel, mal­gré le tra­vail d’im­pro­vi­sa­tion mis en place sur le tour­nage, le film aurait pu être intéres­sant s’il s’é­tait risqué alors à la représen­ta­tion pure­ment mécanique du désir de ses pro­tag­o­nistes. Mais cet aspect, parce qu’il est effleuré, ne prend pas non plus. Empris­on­né entre ses deux courants opposés, le film ne tranche pour aucune des pos­tures, et se révèle encore plus inca­pable de pou­voir exprimer une telle con­tra­dic­tion. Le film ne sort jamais de son dis­posi­tif à l’or­ganique de pacotille, et les per­son­nages tous car­i­cat­u­raux n’ar­rivent pas à s’in­car­n­er. De la même manière, le malaise que la réal­isatrice aimerait dis­tiller à par­tir de cer­taines sit­u­a­tions scabreuses s’ef­fon­dre aus­sitôt car le spec­ta­teur doit se con­tenter d’un con­stat ridicule de banal­ité : les femmes sont toutes des putes insat­is­faites et les hommes des impuis­sants.

Mais for­cé­ment, il y a un, voire des respon­s­ables de ce désen­chante­ment général­isé : la télé-réal­ité que la mère regarde con­stam­ment, et autre indus­trie du X pour laque­lle la jeune fille finit for­cé­ment par tra­vailler. Charge des plus faciles, lim­ite réac­tion­naire, qui détru­it le libre arbi­tre des per­son­nages comme celui des spec­ta­teurs. Et à pro­pos de Nice ? Rien. Bien qu’il s’agisse de la Riv­iera, il ne reste de la Côte d’Azur qu’un décor de car­ton pâte jamais réelle­ment investi. Ni terre poé­tique, ni ter­rain soci­ologique, Nice est juste une toile de fond touris­tique, une carte postale. Le film fait preuve ici d’un exo­tisme région­al des plus ringards, lim­i­tant la cité des anges à un univers loin­tain, une terre de vice où la femme ne peut être respec­tée. Dans la même veine, on imag­ine déjà le film de Vil­lacèque sur la paresse à Ajac­cio ou encore celui sur l’al­coolisme à Brest. Riv­iera est une œuvre où il n’y a rien à filmer que le for­matage d’une réal­isatrice qui calque son a pri­ori sur une région. On dirait plutôt le film d’une mère-la-pudeur qui écrirait pour Elle, pour ne pas dire une Ségolène Roy­al du ciné­ma. Aus­si puis­sant et per­ti­nent qu’un pet dans la Méditer­ranée.