Retour à la vie fait par­tie de ces rares films à sor­tir sur nos écrans qui pour­raient être le fruit d’un déni col­lec­tif. De la pro­duc­tion au duo de réal­isa­teurs en pas­sant par l’équipe tech­nique et les acteurs, on se demande com­ment aucun n’a pu anticiper le lourd désas­tre qui s’an­nonçait et pourquoi per­son­ne n’a ten­té de col­mater les impar­donnables faib­less­es du film pour en faire autre chose qu’une mal­adroite par­o­die de film estampil­lé world. Surtout que, sous cou­vert d’un réc­it ini­ti­a­tique qui va per­me­t­tre à notre héroïne Mia (jouée par la réal­isatrice elle-même) de s’af­franchir de ses fan­tômes du passé pour entamer son “retour à la vie”, se place une dénon­ci­a­tion con­fon­dante de naïveté sur l’ex­ploita­tion sex­uelle subie par des mil­liers d’en­fants cam­bodgiens. On ne saurait même pas louer avec une cer­taine indul­gence la noblesse du sujet tant on a le sen­ti­ment ici qu’il sert de cau­tion, pré­texte un peu déplacé à rac­corder un voy­age intro­spec­tif aux mis­ères du monde, le tout sur fond de paysages dont la beauté n’est bien évidem­ment plus à démon­tr­er.

Charger la barque

Mia, pho­tographe établie à Paris, débar­que à l’im­pro­viste au Cam­bodge pour y rejoin­dre Xavier, son mari, instal­lé là-bas depuis trois ans. Dès ses pre­mières scènes, Retour à la vie insiste pour nous prou­ver que la jeune femme est impa­tiente et indi­vid­u­al­iste, peu préoc­cupée par la mis­ère qui rav­age le pays, bref, une Européenne en puis­sance. Après avoir raté de peu Xavier dans son hôtel de luxe, Mia décide de le suiv­re à son insu et le sur­prend cher­chant à obtenir les faveurs sex­uelles d’une fil­lette séquestrée dans une sor­dide mai­son close du coin. Celle-ci a été ven­due avec son petit frère après que sa grand-mère a été tuée écrasée par le camion de méchants Occi­den­taux l’ayant dépos­sédé du ter­rain où la famille vivait dans un bon­heur très relatif. Pour Mia, comme on peut aisé­ment l’imag­in­er, cette décou­verte est une véri­ta­ble onde de choc : elle s’ef­fon­dre au sol, sous les yeux de la très vieille maque­relle qui mène ses très jeunes pros­ti­tuées à la baguette quand elle ne deale pas de la cocaïne à la vue de tous. Manque de bol pour Mia, elle-même est une anci­enne tox­i­co­mane qui essaie de sur­mon­ter ses addic­tions. Du coup, lorsqu’elle décide d’embarquer trois gamines avec elle pour fuir cet enfer ter­restre, les hor­ri­bles prox­énètes lan­cent la police à ses trouss­es, l’ac­cu­sant de con­som­mer des sub­stances illicites.

Handicap insurmontable

On l’au­ra com­pris à la lec­ture du syn­op­sis, Retour à la vie part avec le lourd hand­i­cap de devoir nous faire avaler un scé­nario qui – s’il fait écho à une réal­ité indis­cutable – fait preuve d’une lour­deur pachy­der­mique pour traiter son sujet. La lucid­ité de Srey, la très jeune amante de Xavier, sur sa con­di­tion se traduit par des dia­logues sur-écrits qu’on croirait sor­tis d’un fas­ci­cule de sen­si­bil­i­sa­tion signé par une ONG lut­tant con­tre la pros­ti­tu­tion des enfants. Ne rec­u­lant devant aucune car­i­ca­ture, le duo de réal­isa­teurs croit pou­voir don­ner une voix aux déshérités du Cam­bodge. Seule­ment, ce dis­cours se dou­ble d’une telle absence de regard ciné­matographique sur le sujet (de la direc­tion des acteurs au mon­tage, on se croirait presque dans une sit­com telle que AB Pro­duc­tions en pro­dui­sait à la pelle dans les années 1990) qu’on n’est pas longtemps dupe de la pré­ten­tion et de la légère con­de­scen­dance avec lesquelles le pro­jet a été envis­agé. Voir ce que vivent les jeunes Cam­bodgiens n’est finale­ment pas ce qui préoc­cupe Ilar­ia Bor­rel­li et Gui­do Fred­di (puisqu’il suf­fi­rait presque de les ramen­er dans leurs familles pour que tout ren­tre dans l’or­dre) mais plutôt cette prise de con­science comme argu­ment d’un éveil au monde scel­lant pour Mia l’e­spoir d’ac­céder enfin au bon­heur. On est bien con­tent pour elle.