Deux­ième long-métrage pour Anna Novion après Les Grandes Per­son­nes (2008), et nou­velle bague­naude en Suède pour Jean-Pierre Dar­roussin que la réal­isatrice fran­co-sué­doise aime filmer en milieu scan­di­nave.

Archi­tecte à suc­cès, Ernest (Jean-Pierre Dar­roussin) est à l’aise comme un pois­son dans l’eau lorsqu’il se trou­ve au sein de son cab­i­net, beau­coup moins en dehors. Ce per­son­nage réglé, Anna Novion se pro­pose de le déré­gler par le biais du road-movie, genre ciné­matographique bien con­nu où le(s) protagoniste(s) chemine(nt) vers une vérité intime par le biais du déplace­ment – et d’un éventuel point de chute. Kiruna, qui sonne un peu comme une local­ité de l’Afrique des grands lacs, se trou­ve au nord de la Suède ; ce sera l’aboutisse­ment de la ligne de fuite de l’architecte. Il doit s’y ren­dre pour recon­naître le corps d’un fils décédé, qu’il n’a jamais con­nu, pour, in fine, faire le deuil de l’en­fant qu’il n’a donc jamais eu.

Dans le devis du road-movie fig­ure aus­si la ren­con­tre. Ici Mag­nus (Anas­ta­sios Soulis), jeune homme paumé, le coeur déchiré, faisant du stop, qui sert d’abord de GPS à Ernest sur les routes sué­dois­es. Cette ren­con­tre hasardeuse sera un autre révéla­teur : une altérité devenant com­pag­nie pré­cieuse, néces­saire. Un séden­taire – un polici­er à la retraite – fait con­tre­point à ces deux nomades de cir­con­stance, représen­tant la promesse d’un twist lorsque les tra­jec­toires se crois­eront. On s’étonne du manque de sin­gu­lar­ité de Ren­dez-vous à Kiruna, qui ne cherche jamais à sor­tir des rails d’un genre pour le moins borné. Mag­nus et Ernest s’attachent l’un à l’autre – après l’indifférence et la phase de domes­ti­ca­tion –, comme à une fig­ure de sub­sti­tu­tion réciproque : le père et le fils. Bref, un enjeu dra­ma­tique plutôt mince et enten­du. Aus­si les lieux com­muns égrainent-ils le par­cours : bik­ers locaux, rock­ers kau­ris­makiens (du voisin finnois), coup de gnôle imbuvable, etc. Dans ce domaine, notons néan­moins l’ap­pari­tion fugace, poé­tique et intri­g­ante d’un élan majestueux dans un sous-bois.

Le film dis­pose d’une dimen­sion très lit­térale ; Ernest annonce à sa com­pagne : « mon chantier, c’est un pont » ; ce voy­age sera donc pour le per­son­nage une nou­velle façon d’aller vers l’Autre. Quant à la mise à nu du pro­tag­o­niste prin­ci­pal, elle cul­mine lorsque la nudité du paysage nordique est à son max­i­mum. Film sans réelles qual­ités, Ren­dez-vous à Kiruna ne croule pas pour autant sous les défauts : réal­i­sa­tion appliquée (insis­tant sur un effet de champ-con­trechamp entre vis­ages et paysages), inter­pré­ta­tion de qual­ité. Anna Novion cherche et trou­ve un ton doux-amer, mais on retient surtout la sagesse d’un itinéraire bal­isé, une sorte de pro­duc­tion moyenne, ce qui ne peut évidem­ment être tenu pour suff­isant. On tient là une sorte de mal français dans ce manque d’audace général, pour de gross­es qual­ités, on serait prêt à accepter de grands défauts. Arrivé à Kiruna, on a tou­jours la cer­ti­tude que les voy­ages seront tou­jours plus beaux sans GPS – réels ou de sub­sti­tu­tion –, c’est-à-dire avec cette belle idée de se per­dre, de tourn­er au mau­vais endroit, de se laiss­er sur­pren­dre et ravir.