Con­traire­ment à ce que pour­rait laiss­er présager ce titre en forme d’hommage par­o­dique à Qui a peur de Vir­ginia Woolf ?, le film n’est pas une énième pro­duc­tion potache à la mode ZAZ (Zucker/Abrahams/Zucker, les auteurs de Y a‑t-il un pilote dans l’avion ? et de tous ses avatars) qui se con­tenterait de recy­cler les suc­cès pop­u­laires pour en faire un pur pro­duit de la cul­ture pop. Avec Anna Margeri­ta Albe­lo aux com­man­des, mieux vaut au con­traire s’attendre à un ego-trip plutôt déjan­té et plein d’autodérision, dou­blé d’un regard à la fois inspiré et bien­veil­lant sur la soli­tude affec­tive et les turpi­tudes de la créa­tion. La référence au film de Mike Nichols n’est évidem­ment jamais loin car elle irrigue (comme beau­coup d’autres références ciné­matographiques, de Fran­ju à Godard) une réflex­ion sur l’être à la fois en tant qu’artiste mais aus­si en tant que femme en demande de recon­nais­sance affec­tive et pro­fes­sion­nelle.

La vie est un film

C’est avec cette énergie un peu bor­der­line qu’Al­be­lo se met elle-même en scène en tant que réal­isatrice désœu­vrée cher­chant par tous les moyens à auto-pro­duire son prochain film. Les moti­va­tions ne sont jamais très claires (faire ce film pour soi ou pour séduire une jeune actrice) au point de désta­bilis­er sa force créa­trice et l’amener à con­fon­dre son per­son­nage avec elle-même, le film avec sa vie. La belle valeur de Qui a peur de Vagi­na Wolf repose juste­ment sur cette ambiguïté : alors que le film se racon­te sous forme d’un jour­nal presque intime, il est impos­si­ble de savoir où se cache véri­ta­ble­ment la vraie Anna Mar­gari­ta (en tous cas, cer­taine­ment pas sous cet accou­trement pit­toresque en forme de vagin géant). On sent bien ici que la fic­tion est investie d’un pou­voir capa­ble de trans­fig­ur­er le réel pour en faire une fan­taisie à la fois grave et légère, où l’accomplissement et le dépasse­ment de soi reste des leit­mo­tivs plutôt nobles.

Mode mineur assumé

En dépit d’une réso­lu­tion plutôt con­v­enue qui n’a rien à envi­er aux comédies roman­tiques les plus clichées, le film est tout entier porté par la fan­taisie inspirée de sa réal­isatrice et de sa galerie d’actrices. Comme elle avait déjà pu le faire aupar­a­vant dans Hoot­ers ! (mêlant crise exis­ten­tielle et absurde) ou dans sa récente par­o­die de La Vie d’Adèle, Anna Margeri­ta Albe­lo sem­ble vouloir pren­dre le con­tre-pied sys­té­ma­tique de tout ce qui pour­rait s’apparenter à de la pose. Pour cela, elle n’hésite pas à jouer sur les fil­tres pour son film dans le film comme le ferait une gamine émer­veil­lée par les pos­si­bil­ités du ciné­ma, ou encore à diriger ses actri­ces avec un volon­tarisme qui prête sci­em­ment à sourire. Avec des moyens lim­ités, la réal­isatrice s’est donc offert une récréa­tion plutôt stim­u­lante, assumant sans fausse pré­ten­tion la dimen­sion mineure de son pro­jet. Si cer­tains se sen­tiront prob­a­ble­ment totale­ment indif­férents à la propo­si­tion, celle-ci a néan­moins le mérite de ne tromper per­son­ne.