Faire l’expérience d’un film comme Près du feu a quelque chose de l’exercice : un exer­ci­ce de patience. Et c’est un pari risqué, d’ailleurs, que de loger les ful­gu­rances d’un film dans ses creux, entre les lignes, au terme de ses séquences et même de la fic­tion tout entière. Près du feu est un de ces films dif­fi­ciles car arides et très sim­ples. Et si la sim­plic­ité est une qual­ité, elle est dans le film d’Alejandro Fer­nán­dez Almen­dras de celles qui s’éprouvent pour que s’offre, de-ci de-là, le soupçon d’un éclat.

Ce troisième film chilien met en scène dif­férentes étapes de la vie con­ju­gale de Daniel et Ale­jan­dra, ponc­tuées par les voy­ages pro­fes­sion­nels du mari loin du domi­cile et la mal­adie de son épouse (vraisem­blable­ment un can­cer), tue mais évi­dente. Cette mal­adie, qui pro­gresse en secret à mesure qu’avancent les dif­férents chapitres du film et finit par emporter le per­son­nage féminin, ne se donne que par signes : une con­ver­sa­tion au télé­phone, des médica­ments avalés après une nuit d’amour, une séquence à l’hôpital, un bon­net qui cache, on le devine, des cheveux peu nom­breux. Puis, surtout, la dis­pari­tion d’Alejandra dans la dernière par­tie.

Près du feu est un film comme cela : presque une devinette, une fic­tion dont le sens se lit au tra­vers des silences du scé­nario. Un film où ne bril­lent, en somme, que les rares lueurs d’un sim­ple quo­ti­di­en. Tou­jours à dis­tance de ses per­son­nages, la caméra sta­tique d’Alejandro Fer­nán­dez Almen­dras joue au jeu du regard absent, par­fois agaçant. Les min­utes épuisent les gestes du quo­ti­di­en le plus banal du cou­ple : travaux aux champs, dîn­er à deux, con­ver­sa­tions sur l’oreiller. Le choix de retranch­er du réc­it les points cul­mi­nants de l’intrigue est auda­cieux et, au terme du film, intéres­sant – mais il laisse le goût âpre de la vacuité.

Pourquoi choisir de se lim­iter à de rares moments d’éclat ? Près du feu est un film qui se donne lente­ment : où on ne saisit la beauté de la ten­dresse qui unit le cou­ple des pro­tag­o­nistes que soudain, au milieu d’une longue scène dia­loguée où les deux amants se racon­tent leur pre­mière fois. Soudain ou même in extrem­is, à la fin du film, quand l’absence à peine évo­quée de la pro­tag­o­niste se mon­tre dans le geste las d’un homme veuf. Pourquoi choisir de se tenir si loin (nar­ra­tive­ment comme à l’image) de ses per­son­nages ? C’est une inten­tion louable, pleine de pudeur. Elle tient mal­heureuse­ment pour une bonne part sinon de l’ennui, en tout cas d’un intérêt épisodique.