Mal­gré un titre orig­i­nal — The Fourth Kind (“le qua­trième type”) — ren­voy­ant adéquate­ment à un cer­tain film de Spiel­berg, le film d’O­latunde Osun­san­mi[1] porte bien son terne titre français. Car il a beau­coup d’un épisode d’Au-delà du réel dopé à l’ef­fet Blair Witch / Para­nor­mal Activ­i­ty, par­rainé qui plus est par l’égérie des films Res­i­dent Evil, la tou­jours fringante Mil­la Jovovich. Der­rière une hila­rante accroche “Basé sur des faits réels” et le buzz vicieux d’une tac­tique de mar­ket­ing ayant poussé assez loin l’art du can­u­lar — au point de provo­quer un micro-scan­dale aux États-Unis, on décou­vre une intrigue resucée par les séries télé et les real­i­ty-shows, où une psy­cho­logue étu­di­ant des cas de trou­bles du som­meil soupçonne que ses patients ont en réal­ité été vic­times d’en­lève­ments par des extrater­restres — vic­times dont, sans sur­prise, elle sera bien­tôt du nom­bre. Un peu mai­gre ? Sans doute pour le réal­isa­teur aus­si, qui a décidé, pour vari­er les plaisirs, de nous présen­ter deux ver­sions de l’af­faire en par­al­lèle. À ma gauche, une vraie-fausse inter­view sur plateau télé, menée par Osun­san­mi him­self inter­ro­geant la psy­cho­logue jouée par une incon­nue, et inclu­ant des images d’archives truquées, floues et cra­chotant à souhait. À ma droite, ce qui est voulu comme une recon­sti­tu­tion fic­tion­nelle des faits, hol­ly­woo­d­i­enne et assumée comme telle jusqu’à présen­ter ses stars sans générique, mais au moment où leurs per­son­nages inter­vi­en­nent dans le réc­it, l’air de démon­ter la mécanique du spec­ta­cle (“Mil­la Jovovich is…”, “Elias Koteas is…” etc.).

Jouant du mon­tage par­al­lèle et du split-screen, Osun­san­mi con­fronte sans cesse ces deux films en un, ses deux sim­u­lacres de shows du réel, l’air de vouloir mon­tr­er à quel point il s’a­muse à faire du vrai avec du faux. Et il faut recon­naître que ses procédés com­men­cent par intriguer. Un mod­este jeu de l’e­sprit se des­sine, jeu sur le faux par le face-à-face entre deux ouvrages de faux : on se sur­prend à com­par­er les trucages de l’un et de l’autre, les ellipses lais­sées par les archives et comblées par la fic­tion, les mêmes scènes cadrées dif­férem­ment et inter­prétées par des acteurs incon­nus ici et d’autres fam­i­liers là… Évidem­ment, cela amuse un temps la galerie, mais l’ex­er­ci­ce n’i­ra pas plus loin, faute d’idée pour le pour­suiv­re. D’ailleurs, le réal­isa­teur lui-même cesse d’y croire, pas­sant sa moti­va­tion de bidouilleur de film sur la manip­u­la­tion bien abstraite des split-screens qu’il passe à qua­tre écrans juste pour le plaisir, avant de les faire tourn­er les uns sur les autres… Ça aus­si, ça s’use assez vite. Et privé de réels enjeux de ciné­ma, cet objet petite­ment tape-à-l’œil, mal­gré un scé­nario tirant grossière­ment des ficelles de mys­tère et d’am­biguïté (et si la psy­cho­logue était mytho ?) et bal­ançant des œil­lades à la mytholo­gie païenne de Love­craft (et si les extrater­restres étaient aux orig­ines des civil­i­sa­tions humaines ?), retombe dans l’anony­mat dont son buzz absurde ne saurait le tir­er. L’in­spi­ra­tion, ça tombe par­fois du ciel, mais il ne faut pas trop en espér­er…

Notes

Notes
↑1 L’in­di­vidu était assis­tant réal­isa­teur sur Mi$e à prix de Joe Car­na­han, dont il a même coécrit il y a peu un spin-off direct-to-video. Le courant avait dû bien pass­er entre eux, puisque l’au­to­proclamé élève malin et sen­si­ble de Tony Scott, depuis respon­s­able de L’A­gence tous risques, copro­duit pour Osun­san­mi ce long métrage — son sec­ond, nous dit-on.