Les apparences sont par­fois trompeuses, sous ce titre so british ne se cache pas une relec­ture d’un polar dan­ny­boy­lesque, mais le remake de Cible émou­vante (1993) de Pierre Sal­vadori. Not so excit­ing… Sauf que Petits meurtres à l’anglaise s’avère un diver­tisse­ment aus­si anec­do­tique et mod­este que rebondis­sant et sym­pa­thique.

Vic­tor May­nard cul­tive deux arts par­al­lèles : impec­ca­ble tueur à gage tiré à qua­tre épin­gles et vieux garçon raf­finé très proche d’une mère qui tient soigneuse­ment le book de la car­rière sans accroc du reje­ton. Ce dernier s’est ren­du digne de la lignée, car chez les Mey­nard, le méti­er se trans­met comme le fief des Hauts-de-Seine dans d’autres familles. Une petite faille cepen­dant, l’absence de descen­dance, dans laque­lle le film va s’engouffrer. Une jolie donzelle (Emi­ly Blunt, effec­tive­ment char­mante, avec ce qu’il faut de piquant) gruge, avec un faux, l’acheteur véreux d’un tableau volé : « je ne suis pas un gang­ster, mais j’ai fait vingt ans dans l’immobilier, rien ne m’arrête » fait remar­quer ce dernier dans cette réplique aux petits oignons. Voici un nou­veau con­trat pour notre Vic­tor May­nard, un jeu d’enfant. Sauf que la belle mécanique s’enraille ; quelque peu désarçon­né par l’aplomb de la jeune délurée, il com­met le péché pro­fes­sion­nel ultime : ne pas élim­in­er froide­ment sa cible, trou­blé qu’il est par elle.

Au terme d’une rocam­bo­lesque séquence dans un park­ing où les choses devi­en­nent très très com­pliquées, une petite équipe se forme : le tueur, la belle et un paumé un peu grunge fumeur de pétard qui squat­tait le lieu. Le trio con­sti­tué dans cette pagaille doit faire le point au plus vite, avec des tueurs à leur trousse. D’abord dans un hôtel fort mal choisi, puis lors d’une mise au vert à la cam­pagne, dans la belle demeure que notre psy­cho­rigide de May­nard entre­tient pour ses vieux jours. On est ain­si lancé sur le boule­vard scé­nar­is­tique de la pour­suite entre tueurs sym­pas et tueurs pas sym­pas, mais les pos­si­bles sen­ti­men­taux et sex­uels au sein du tri­an­gle s’invitent, ain­si que la ques­tion d’une pater­nité de sub­sti­tu­tion. Et l’on s’amuse à suiv­re les per­tur­ba­tions occa­sion­nées par la sit­u­a­tion sur May­nard, plus que coincé et finale­ment ter­ror­isé par les rap­ports humains, quels qu’ils soient. Notam­ment parce qu’on décou­vre qu’il est décidé­ment un très très vieux garçon, n’ayant pas réglé la ques­tion de son iden­tité sex­uelle : il était temps.

En pen­sant aux efforts visuels et sonores de L’Arnacœur, en guise d’exemple récent, pour main­tenir coûte que coûte l’attention du spec­ta­teur, on ne peut que se féliciter de cette hon­nête et diver­tis­sante comédie au visuel assez neu­tre mais soigné et sans laideur, dont le rythme effi­cace est obtenu sans effet de manche ni agres­siv­ité dans la mise en scène, avec, tout de même, une ten­dance à la répéti­tion. Mais la mod­estie, celle de Jonathan Lynn – notam­ment réal­isa­teur en 1999 du sym­pa­thique Mon voisin le tueur – en l’occurrence, est par­fois bonne con­seil­lère, et une alliée pour le spec­ta­teur qui ne quitte pas la salle son­né comme s’il sor­tait du tam­bour d’une machine à laver pro­gramme triple essor­age 3500 tours/minutes[1]. Notons enfin la belle com­po­si­tion signée Bill Nighy en Vic­tor May­nard, pour cette amu­sante et car­i­cat­u­rale vari­a­tion autour d’un flegme bri­tan­nique en proie aux dérè­gle­ments les plus étranges.

Notes

Notes
↑1 Ce fut très pré­cisé­ment l’impression de votre obligé à la sor­tie du film de Pas­cal Chaumeil…