Pre­mier doc­u­men­taire jamais réal­isé sur le célèbre archi­tecte bri­tan­nique, How much does your build­ing weigh, Mr. Fos­ter ? est le pre­mier volet d’une série de films con­sacrés à des fig­ures emblé­ma­tiques du monde artis­tique et cul­turel du XXIe siè­cle. Le ciné­ma a sou­vent filmé la pein­ture ; l’architecture, rarement. Le film est l’occasion de se ques­tion­ner sur un genre peu exploité et mal con­nu.

La per­spec­tive d’un nou­veau genre asso­cié à la mise en avant d’un archi­tecte de tal­ent avait de quoi faire saliv­er. Mais mieux vaut le dire d’entrée de jeu, le film est raté. Pour leur pre­mier long-métrage en tant que réal­isa­teurs, Car­los Car­cas et Nor­ber­to López Ama­do ne ten­tent juste­ment jamais d’exploiter le poten­tiel d’un genre nou­veau (le film d’architecture) pour préfér­er user des ressorts d’un genre vieil­lis­sant (le reportage télévisé).

L’ouverture du film était pour­tant promet­teuse. Dans un paysage enneigé, une sim­ple éten­due blanche qui demeure vacante pen­dant plusieurs sec­on­des, des skieurs de fond, par­mi lesquels on décou­vre Nor­man Fos­ter, avan­cent pénible­ment. Com­mencer un film sur l’architecture par un plan vide avait de quoi séduire et promet­tait une œuvre éloignée de tout pon­cif didac­tique sur l’architecture. Seule­ment, passé cette ouver­ture et quelques plans impres­sion­nants sur le via­duc de Mil­lau, le film rejoint les sen­tiers bat­tus du reportage péd­a­gogique télévisé. Car­los Car­cas et Nor­ber­to López Ama­do mul­ti­plient les inter­views de proches de l’architecte. Anish Kapoor, Richard Rogers, Richard Long, Richard Buck­min­ster Fuller… les amis et col­lab­o­ra­teurs de Nor­man Fos­ter (pas moins d’une ving­taine) défi­lent les uns après les autres, leur parole venant s’inscrire dans un flot de dis­cours anec­do­tiques qui sur­plombe les vues de con­struc­tions de Nor­man Fos­ter.

Les réal­isa­teurs ne priv­ilégient aucun point de vue, préférant enfil­er les images d’édifices et les entre­tiens comme des per­les sur un fil, mal­heureuse­ment mal ten­du, faute de direc­tion. Il y avait là pour­tant la pos­si­bil­ité d’inventer un nou­veau genre, comme l’avaient remar­quable­ment fait Julia Lok­tev et Vito Acconci dans la série de films courts Inte­ri­ors, Build­ings and Parks, dans lesquels l’architecte ital­ien reve­nait sur ses pro­pres pro­jets et réal­i­sa­tions archi­tec­turaux en y apposant un com­men­taire d’énumération austère.

Une brèche trou­ve néan­moins sa place à la fin du film : le pro­jet de grande ampleur d’édification de la pre­mière éco-ville du monde, Mas­dar, à Abu Dhabi, qui per­me­t­tra aux 50 000 habi­tants qu’elle accueillera d’ici la fin de sa con­struc­tion en 2020, de men­er une vie sans émis­sions de car­bone et sans déchets. Mais le pro­jet Mas­dar et la ques­tion écologique sont bal­ancés à la toute fin comme une patate chaude, alors qu’ils auraient fait un bon ques­tion­nement de départ (quels rap­ports entre­ti­en­nent l’architecture et l’écologie ? Quelle place l’une laisse-t-elle à l’autre ?) et auraient au moins pré­cisé la direc­tion du film.