Au début de Nep­tune Frost, un mineur de coltan, fasciné par la pierre qu’il vient de décou­vrir, inter­rompt quelques sec­on­des son tra­vail. Cette courte pause ne sera pas sans con­séquence : son con­tremaître le bat à mort pour le punir de son manque de con­cen­tra­tion. Dévasté par ce meurtre, son frère Matalusa, un autre mineur, aban­donne son poste pour rejoin­dre un col­lec­tif de hack­ers en lutte con­tre le gou­verne­ment local, et plus large­ment con­tre l’idéologie néolibérale et colo­nial­iste. Son quo­ti­di­en au sein de cette com­mu­nauté mar­ginale alterne entre trans­es occultes et dis­cus­sions stratégiques rel­a­tive­ment ésotériques. La tech­nolo­gie et le fan­tas­tique se con­fondent au tra­vers de dia­logues qui évo­quent d’un même ton les cartes-mère et les mon­des par­al­lèles. Car ici, on ne tape pas la moin­dre ligne de code : les cyber­at­taques sem­blent être lancées, tels des sor­tilèges, directe­ment depuis l’esprit des hack­ers. L’influence de l’esthétique afro­fu­tur­iste est assumée jusque dans le choix des cos­tumes : les cama­rades de Matalusa por­tent par exem­ple des tenues chamaniques ornées de reliques élec­tron­iques, des vestes recou­vertes de touch­es de clavier ou des masques parés de dipôles élec­triques. Si la décou­verte de cet univers atyp­ique n’est pas sans intriguer, le film trou­ve rapi­de­ment sa lim­ite dans la forme, aus­si pom­pière que répéti­tive, qu’il déploie. Les dis­cus­sions à pro­pos du ter­ror­isme, du ren­verse­ment de l’ordre mon­di­al et de la spir­i­tu­al­ité échouent à mas­quer l’inconséquence d’une intrigue stag­nante, où séquences chan­tées et dis­cus­sions pon­tif­i­antes s’enchaînent jusqu’à l’indigestion.

Der­rière ses dis­cours révo­lu­tion­naires, Nep­tune Frost embrasse en réal­ité des codes stan­dard­is­és. Ses jeux de lumières, ses musiques entê­tantes et ses dans­es exaltées pro­duisent un onirisme tape-à‑l’œil au cours de scènes qui sem­blent comme dupliquées à l’infini. L’opposition aux marchés financiers et à la bina­rité du patri­ar­cat passe avant tout par de cour­tes phras­es chocs com­pa­ra­bles à autant de slo­gans pub­lic­i­taires. En entre­tenant le flou sur la nature pré­cise de ses adver­saires, ou sur les con­séquences matérielles des inter­ven­tions des hack­ers, la sub­ver­sion sup­posée du film n’accouche ain­si que d’un folk­lore réduit à sa part la plus super­fi­cielle.