Adap­tant à l’écran un best-sell­er israélien, Eitan Zur se risque pour sa pre­mière réal­i­sa­tion à l’exploration des angoiss­es sus­citées par le sen­ti­ment de jalousie et la crainte de l’infidélité. Un sujet haute­ment ciné­matographique, mais qui perd tout intérêt dès lors qu’il révèle un manque d’inventivité et de point de vue. Nao­mi en restera un bel exem­ple.

Avec son prénom aguicheur, la belle Nao­mi sem­ble faire de nom­breux rav­ages autour d’elle. Son époux, Ilan Ben Natan, un bril­lant sci­en­tifique de 58 ans, est le pre­mier à en être fou amoureux, au point d’assimiler pro­gres­sive­ment le poten­tiel séduc­teur de sa jeune femme à une véri­ta­ble men­ace vis-à-vis de la péren­nité de leur cou­ple. Cette crainte du départ de Nao­mi pour un homme plus jeune et plus séduisant le pousse à enquêter sur les activ­ités de sa femme, jusqu’à faire une décou­verte qui le poussera à envis­ager l’inévitable.

Si la peur de l’infidélité con­stitue générale­ment une trame nar­ra­tive intéres­sante, capa­ble d’assimiler l’investigation amoureuse à un véri­ta­ble jeu de pistes, elle sem­ble davan­tage se car­ac­téris­er ici par l’artificialisation des sit­u­a­tions dra­ma­tiques, plutôt que par une réelle effi­cac­ité ryth­mique. Pour Eitan Zur, le doute con­ju­gal s’apparente donc à une recette toute faite, exhibant les sit­u­a­tions les plus prévis­i­bles et grossières comme autant d’étapes cen­sées met­tre à l’épreuve la con­fi­ance en l’être aimé. Du ques­tion­naire impro­visé lors d’une sim­ple bal­lade en voiture à l’appel à l’aide auprès de sa pro­pre mère, le per­son­nage d’Ilan suc­combe aux clichés de la para­noïa amoureuse et infan­til­isante, le pri­vant de toute capac­ité à être réelle­ment attachant. Arché­type du doute angois­sé, Ilan tombe donc dans le mod­èle d’un image-temps hand­i­capé par le poids des silences, dont la lour­deur pour­rait même par­venir à excuser l’aventure extra-con­ju­gale de la belle Nao­mi (qui pour­rait véri­ta­ble­ment rester auprès d’un indi­vidu dont l’unique sujet de con­ver­sa­tion oscille entre sa mère et les cours­es de la semaine ?).

Cette trop grande suc­ces­sion de faux-pas dis­sipe bien trop rapi­de­ment le mys­tère dont le cinéaste a voulu entour­er la belle Nao­mi. La fas­ci­na­tion dés­espérée du mari sem­ble en effet ôter à cette char­mante femme toute capac­ité d’expression, comme si son infidél­ité avérée devait la réduire d’emblée au silence con­ju­gal. Plutôt que de don­ner la parole à l’accusée, Eitan Zur met bien plus en avant la mère d’Ilan, util­isant ce per­son­nage de mère juive autant comme ressort comique (la vieille femme est en bien meilleure forme que son pro­pre fils), que comme porte-parole même de l’infidélité. S’il offre quelques scènes amu­santes de ser­mon con­ju­gal, un tel par­ti-pris tente dés­espéré­ment de remet­tre au goût du jour un archaïsme machiste, qui sug­gère qu’une dis­tan­ci­a­tion raison­née (et comique) avec l’infidélité ne serait pos­si­ble qu’une fois la peau fripée et le den­tier en bouche. Le trio ini­tial mari/femme/amant rassem­blait pour­tant tous les élé­ments nar­rat­ifs sus­cep­ti­bles de dis­tiller une ten­sion per­ti­nente, mais le réal­isa­teur amor­tit tout effet dra­ma­tique en y mêlant la mère et en faisant de cette dernière un juge mat­ri­mo­ni­al encom­brant et car­i­cat­ur­al. Autant dire qu’une mai­son de retraite aurait peut-être per­mis de lim­iter la casse.