Ben et Alex n’au­raient jamais dû se ren­con­tr­er. Coincés dans un aéro­port du cen­tre des États-Unis à cause d’une tem­pête de neige au cœur des Rocheuses, ils sont dans l’im­pos­si­bil­ité d’at­tein­dre leurs des­ti­na­tions respec­tives : elle doit rejoin­dre son fiancé pour son pro­pre mariage qui a lieu le lende­main, lui doit opér­er de toute urgence un de ses patients. Sur un coup de tête, alors qu’elle vient tout juste de le crois­er dans le hall, Alex pro­pose à Ben d’embarquer à bord d’un coucou qui leur per­me­t­tra de pren­dre un vol depuis un autre aéro­port. Sauf que rien ne se passe évidem­ment comme prévu et qu’ils s’écrasent sur un ver­sant de mon­tagne : sor­tis mirac­uleuse­ment de cet acci­dent et alors qu’ils n’ont prévenu per­son­ne sus­cep­ti­ble d’en­voy­er des sec­ours, nos deux pro­tag­o­nistes vont devoir redou­bler de courage et d’in­ven­tiv­ité pour espér­er sur­vivre dans cet envi­ron­nement glacé et très hos­tile.

Mais qu’on ne s’y méprenne pas : si La Mon­tagne entre nous passe rapi­de­ment du film-cat­a­stro­phe (grâce à une courte scène de crash aus­si ténue qu’­ef­fi­cace) au genre désor­mais bien con­nu du sur­vival, le pre­mier long-métrage améri­cain à sor­tir sur nos écrans du réal­isa­teur israé­lo-pales­tinien Hany Abu-Assad (Par­adise Now) n’est en fait rien d’autre qu’une comédie roman­tique déguisée en film d’aven­ture. Respec­tant scrupuleuse­ment le cahi­er des charges inhérent au genre, le réc­it se hasarde très peu en-dehors des con­ven­tions. Nous avons donc deux per­son­nages que tout oppose jusque dans leur car­ac­tère (elle est pho­tographe pro­fes­sion­nelle : elle est for­cé­ment dans l’in­stinct et les émo­tions ; il est chirurgien : il est donc rationnel et dans le con­trôle), que rien ne prédis­po­sait à se ren­con­tr­er (une mau­vaise cir­con­stance finit par les rap­procher) et que tout oblige désor­mais à devoir cohab­iter (se sor­tir vivant de cette épreuve passe par une sol­i­dar­ité sans faille). Comme en plus, les deux per­son­nages sont joués par Idris Elba et Kate Winslet au cap­i­tal sym­pa­thie indé­ni­able, on com­prend rapi­de­ment que le seul sus­pense du film se lim­it­era à savoir s’ils finiront ou pas par s’embrasser.

Succession de tableaux

Avec une effi­cac­ité dra­ma­tique qui, à défaut d’être orig­i­nale, fonc­tionne plutôt bien, la mise en scène offre une suc­ces­sion de tableaux au cours desquels Ben et Alex devront déploy­er des efforts surhu­mains pour se sor­tir des sit­u­a­tions dans lesquelles ils se sont mis. Avec une cer­taine appli­ca­tion, le film joue aux mon­tagnes russ­es avec leurs émo­tions : des ani­maux féro­ces aux chutes imprévis­i­bles, les deux pro­tag­o­nistes sont con­stam­ment ramenés à leur absence de per­spec­tive et la promesse d’une mort prochaine. Jouant habile­ment des paysages et des pro­fondeurs de champ, la caméra parvient à don­ner une dimen­sion anx­iogène à la beauté des mon­tagnes enneigées. Mais le sys­té­ma­tisme avec lequel le réc­it pose un enjeu pour le résoudre en quelques min­utes trahit le manque de vision du cinéaste qui ne voit dans le cal­vaire de ses deux héros qu’une oppor­tu­nité pour créer par à‑coups leur rap­proche­ment sen­ti­men­tal.

Hand­i­capé par quelques facil­ités (les ellipses un peu trop vite expédiées qui étirent anor­male­ment le temps du réc­it) et quelques inco­hérences (la barbe d’Idris Elba reste impec­ca­ble du début à la fin pour ne pas entamer son cap­i­tal séduc­tion), La Mon­tagne entre nous se four­voie même par moments dans un sen­ti­men­tal­isme bas de gamme (les flash­backs siru­peux, le dis­cours un peu puri­tain sur­plom­bant qui ne met jamais en faute les deux per­son­nages) alors que l’en­jeu ini­tial et le savoir-faire de Hany Abu-Assad à appréhen­der les espaces auraient pu suf­fire à faire du film une aven­ture épique. C’est d’au­tant plus dom­mage qu’on sent le réal­isa­teur ten­té de s’af­franchir par moments des règles qui lui sont imposées, entre les champs-con­trechamps par­fois inat­ten­dus et les dia­logues ciselés qui injectent un peu d’ironie à cette his­toire cousue de fil blanc. Le résul­tat, loin d’être hon­teux, peut s’avér­er plaisant par endroits : mais son manque d’au­dace fait de La Mon­tagne entre nous un pro­duit totale­ment anec­do­tique tail­lé sur-mesure pour ses deux acteurs.