Dans la petite famille du film-inter­face, dont le principe con­siste à façon­ner un réc­it dans le seul cadre de nos écrans numériques (ordi­na­teurs, télé­phones porta­bles, caméras de vidéo­sur­veil­lance, etc.), Search­ing : Portée dis­parue s’est imposé comme l’un des reje­tons les plus lucrat­ifs au box-office. Fort de son suc­cès, le film a désor­mais droit à une décli­nai­son qui se con­tente d’en invers­er le syn­op­sis : après un père à la recherche de sa fille dis­parue, voilà qu’une ado­les­cente mène l’enquête pour retrou­ver sa mère kid­nap­pée en Colom­bie, loin de la Cal­i­fornie où elles rési­dent. Réplic­a­ble à loisir, la stratégie reste exacte­ment la même que dans le précé­dent volet. Plutôt que de chercher à com­pos­er avec les règles tacites d’un réc­it à sus­pense mené en ter­rain bureau­tique (comme dans Unfriend­ed : prise en charge des dys­fonc­tion­nements poten­tiels de nos inter­faces numériques, unité de temps et de lieu, fix­ité immuable du cadre qui offre para­doxale­ment au regard une cer­taine lib­erté de déplace­ment), Miss­ing s’embarrasse très peu des con­tours de son dis­posi­tif. Il ne rêve même que d’une chose : s’en émanciper pour gag­n­er en dynamisme. Ellipses oppor­tunes, change­ments arbi­traires de point de vue, recadrages per­ma­nents à l’intérieur des fenêtres pour ampli­fi­er la dra­maturgie et nous empêch­er de regarder ailleurs : tous les moyens sont bons pour asservir le con­cept à la marche infer­nale d’un réc­it qui n’hésite pas à s’en remet­tre à une cer­taine surenchère pour sus­citer l’adhésion (avec con­spir­a­tions, change­ments d’identité, kid­nap­pings et meurtres inex­pliqués).

C’est la part pro­fondé­ment racoleuse de ce dip­tyque, qui se dis­tingue notam­ment des autres films du genre en ce qu’il délaisse de manière symp­to­ma­tique l’esthétique infor­ma­tique pour lui préfér­er celle, moins intro­spec­tive et plus spec­tac­u­laire, de la cul­ture télévi­suelle con­tem­po­raine. Il n’est évidem­ment pas anodin qu’au milieu du film, lorsque l’enlèvement fait son chemin jusqu’aux antennes nationales (comme c’était déjà le cas de l’enquête de Search­ing), les inter­faces numériques soient pro­vi­soire­ment mis­es de côté au prof­it des ban­deaux sen­sa­tion­nels de la presse à gos­sip (des pages du Sun aux vidéos de TMZ) et des jour­naux télévisés en con­tinu (CNN) : ce qui intéresse les auteurs de Miss­ing, comme Search­ing avant lui, réside moins dans la recherche des spé­ci­ficités plas­tiques du lan­gage infor­ma­tique que dans l’exploitation de sa part stricte­ment infor­ma­tion­nelle. Con­vo­qué dans l’espoir de mas­quer le car­ac­tère anec­do­tique d’un thriller très médiocre, le desk­top n’est dès lors qu’un catal­y­seur : un moyen de se pass­er des ellipses et des temps mort, pour bom­barder l’audience en lui don­nant l’impression que mille choses se passent ou peu­vent poten­tielle­ment advenir. C’est la men­ace qui pèse sur un dis­posi­tif aus­si séduisant, capa­ble du meilleur (la veine pas­sion­nante du desk­top doc­u­men­tary, des films de Kevin B. Lee à ceux de Chloé Gal­ib­ert-Laîné) comme du pire (Search­ing et main­tenant Miss­ing) : l’indéniable cinégénie des inter­faces n’est aus­si, par­fois, qu’un cache-mis­ère.