Un cinéma soutenu par l’État

Comme les autres pays du bloc de l’Est, Tché­coslo­vaquie et URSS en tête, la Pologne a soutenu dans l’immédiat après-guerre la pro­duc­tion d’un ciné­ma d’animation de qual­ité, per­me­t­tant des dizaines de réal­i­sa­tions par an dans les années 1950. Moins con­nu que celui des deux pays cités, le ciné­ma polon­ais épouse les mêmes visées péd­a­gogiques, bien con­scient que le médi­um est idéal pour édu­quer les enfants aux idées du régime. Comme chez ses voisins, cet idéal de pro­pa­gande par l’animation échappe assez vite aux autorités pour véhiculer un mes­sage de résis­tance au pou­voir. Comme ses voisins égale­ment, le ciné­ma polon­ais délaisse le dessin pour se con­cen­tr­er sur l’animation d’objets et occu­per une place assumée de con­tre­point absolu à l’esthétique améri­caine dévelop­pée par les stu­dios Dis­ney. Regroupant cinq courts métrages illus­trant des tech­niques var­iées et issus de péri­odes dif­férentes, le pro­gramme Minopol­s­ka, Dessins ani­més des six­ties donne un bel aperçu de la diver­sité de pro­duc­tion de ces stu­dios, et en par­ti­c­uli­er du stu­dio SE-MA-FOR créé juste après la guerre à Lodz.

Critique de la modernité

Proche des films d’Hermina Tyrlo­va ou de Bretislav Pojar, La Sur­prise met en scène l’arrivée d’un jeu de mécano dans une cham­bre d’enfant. La panique déclenchée par l’irruption dans la petite com­mu­nauté bien tran­quille des jou­ets d’un objet représen­tant la moder­nité peut bien enten­du sus­citer une lec­ture poli­tique tout en restant can­ton­né à un imag­i­naire très enfan­tin.
De même, qu’une inter­pré­ta­tion sub­ver­sive est pos­si­ble con­cer­nant Le Petit Quar­tet (Edward Sturlis, 1965) dans lequel les stat­uettes qui ornent un piano pren­nent vie la nuit et se met­tent à danser et chanter sur un air de boo­gie-woo­gie bien éloigné des gammes figées qui leur sont imposées dans la journée.
À l’opposé de ces micro­cosmes, le décor très élaboré du chapiteau, le grand nom­bre de per­son­nages et la con­struc­tion de l’histoire don­nent au Chapiteau sous les étoiles des airs de super-pro­duc­tion. L’acrobate propul­sé sur la lune lors de la représen­ta­tion ren­voie autant au désir de con­quête spa­tiale de l’époque qu’à la magie du ciné­ma de Méliès cinquante ans plus tôt.
Le thème de l’affrontement de l’ancien et du mod­erne tra­verse l’ensemble du pro­gramme, et en par­ti­c­uli­er le voy­age de Maluch, la petite voiture (Luc­jan Dem­bińs­ki, 1965) qui sil­lonne un paysage urbain aux couleurs acidulées.

La conquête de l’Ouest

Selon les goûts et surtout selon les films, on pour­ra trou­ver l’esthétique de ces mar­i­on­nettes ravis­santes ou un peu datée et l’animation moins fine que dans cer­taines pro­duc­tions tchèques. En revanche, Le Petit West­ern qui clô­ture ce pro­gramme se détache de l’ensem­ble d’un point de vue thé­ma­tique autant qu’esthé­tique et représente un mag­nifique sur­prise : peinte sur la pel­licule, cette his­toire d’un chercheur d’or dont le butin est men­acé par deux ban­dits mal­adroits émer­veille par sa capac­ité à évo­quer le Grand Ouest améri­cain en quelques coups de pinceau. Util­isant la tech­nique de la pein­ture sur pel­licule pour un film fig­u­ratif et nar­ratif, Witold Gier­sz parvient à sus­citer des effets de pro­fondeur sai­sis­sants avec peu de moyens, qui con­stituent le plus bel hom­mage au ciné­ma améri­cain en même temps que le plus beau pied de nez aux stu­dios Dis­ney.