Le cinéaste met ici en scène un For­rest Gump des temps mod­ernes (plus pas­sif et bien moins mali­cieux, c’est pour dire) en proie à des baratineurs louchant sur sa for­tune. Le scé­nario est mal­heureuse­ment plein de scrupules, et les petites audaces pic­turales ne suff­isent pas.

Tiens, un drôle de film. Entre recherche visuelle à la Gondry et scé­nario sur-ryth­mé, vague rap­pel de For­rest Gump. Il fait froid à Mil­wau­kee. Albert Bur­roughs se trim­balle tou­jours avec son éter­nelle doudoune orange et son bon­net pattes de lapin. Il a la petite trentaine et vit avec sa vieille maman acar­iâtre. Faut dire que Albert est un peu nonoche. Mais n’empêche que c’est un sacré pêcheur en eaux glacées (il entend par­ler les pois­sons sous la glace). Les Bur­roughs ont donc amassé un sacré petit pactole. Jusqu’au jour où maman meurt…

Le film de Min­del fonc­tionne à peu près. On ne s’en­nuie pas, c’est plutôt douil­let à regarder. La neige inspire le réal­isa­teur qui s’a­muse à lui oppos­er un tas de couleurs (la doudoune d’Al­bert, les habits ravageurs d’une Ali­son Fol­land ravageuse) un peu comme Gondry dans Eter­nal Sun­shine of the Spot­less Mind. Et puis Min­del joue avec l’im­men­sité du paysage, s’ap­pro­prie l’e­space, voir le plan final où les pêcheurs, petites sil­hou­ettes noires, marchent sur la ban­quise qui se mue en espace invis­i­ble.

Mais le scé­nario en lui-même est con­testable. Pre­mière­ment parce qu’un héros benêt est une facil­ité scé­nar­is­tique. Albert est une sorte de récep­ta­cle qui n’ex­iste que selon les inten­tions des dif­férents pro­tag­o­nistes. Le per­son­nage d’Al­bert ne vaut qu’en tant qu’il traduit la méchanceté des uns et des autres, prêts à tout pour lui vol­er sa for­tune.
Deux­ième­ment parce que, quitte à créer un per­son­nage de benêt neu­tre et insipi­de, il aurait fal­lu être sans scrupules jusqu’au bout et le malmen­er. Mais Albert s’en sort plutôt bien ; rachat des uns et des autres, Albert ren­du à sa can­deur béate et la boucle est bouclée.

Lars von Tri­er dit que l’art doit être comme un cail­lou dans une chaus­sure. Aucun cail­lou dans les gross­es moon boots d’Al­lan Min­del.