Beau­coup de block­busters à suc­cès subis­sent un sort iden­tique : une suite bâclée surfe sur la vague de l’enthousiasme sus­cité par le film de départ et récolte les foudres des spec­ta­teurs. La major pro­duc­trice rehausse les investisse­ments sur le troisième épisode, par crainte sans doute que la baisse de qual­ité ne finisse par entraîn­er une chute de rentabil­ité. Men in Black et ses suites col­lent à ce sché­ma typ­ique, avec l’option « atten­dons quelques années avant de faire le trois ». Le résul­tat est donc hon­nête, sans approcher néan­moins la sophis­ti­ca­tion de l’opus ini­tial.

La fran­chise Men in Black repose sur l’exploitation plus ou moins habile de fan­tasmes partagés par une part non nég­lige­able de la pop­u­la­tion humaine : il existe une vie extrater­restre ; des aliens se dis­simu­lent par­mi nous, humains ; une organ­i­sa­tion secrète dotée d’un atti­rail de gad­gets inouïs se charge de réguler l’activité extrater­restre et d’en pro­téger la pop­u­la­tion. Aus­si exci­tants que soient ces pos­tu­lats, un seul film suff­i­sait à les défraîchir et Men in Black 3 ne résiste pas tou­jours à la ten­ta­tion de recy­cler des idées déjà exploitées dans le pre­mier épisode. Le sen­ti­ment de déjà-vu empêche d’apprécier pleine­ment cer­taines sit­u­a­tions amu­santes, quand il ne les rend pas tout bon­nement ennuyeuses.

Heureuse­ment, les créa­teurs du films ont dû, eux aus­si, s’apercevoir que des resucées de blagues ne suf­fi­raient pas à gag­n­er un nou­veau suc­cès. D’où l’heureuse idée de pimenter la sauce en y adjoignant un fan­tasme sup­plé­men­taire : celui du voy­age dans le temps. Tout com­mence lorsque Boris l’Animal, un extrater­restre par­ti­c­ulière­ment féroce, s’échappe de la prison lunaire où il purgeait une peine à per­pé­tu­ité. Ayant per­du l’un de ses mem­bres au cours d’un affron­te­ment avec l’agent K (Tom­my Lee Jones dans le présent), alors débu­tant, il décide de retourn­er dans le passé pour ten­ter d’éviter à la fois la perte de son mem­bre et la déroute de son espèce colonisatrice. La réus­site de ce pro­jet machi­avélique se man­i­feste à l’agent J (Will Smith) par la dis­pari­tion de l’agent K, que tout le monde dit désor­mais mort depuis quar­ante ans. J n’a donc d’autre choix pour sauver son parte­naire – et acces­soire­ment, l’humanité – que de retourn­er lui aus­si en 1969 pour annuler une funeste réécri­t­ure de l’histoire.

Le voy­age dans le temps est peut-être le plus uni­versel des fan­tasmes, si bien que le recours à un tel ressort nar­ratif peut pass­er pour une facil­ité. Pour autant, il implique égale­ment une prise de risques. Com­ment, d’abord, représen­ter le saut tem­porel ? Ici, le scé­nar­iste a choisi la lit­téral­ité : pour se trans­porter dans le passé, l’agent J est for­cé de sauter du haut de l’Empire State Build­ing. Au cours de sa chute, il est trans­porté d’un bond à l’aube de l’humanité avant que l’histoire ne se déroule de nou­veau jusqu’à sa des­ti­na­tion – l’année 1969. Cette séquence, l’une des rares où la 3D est véri­ta­ble­ment util­isée, donne bien au voy­age l’aspect « ébou­rif­fant » que l’on renonce sou­vent à représen­ter. Un deux­ième défi majeur, celui de la fig­u­ra­tion de la jeunesse d’un per­son­nage, est admirable­ment relevé par le film. À une vaine ten­ta­tive de raje­u­nir Tom­my Lee Jones, Bar­ry Son­nen­feld préfère l’emploi d’un autre acteur : Josh Brolin excelle à imiter le jeu et la voix de son aîné, tout en con­ser­vant avec lui une dis­tance qui rend sen­si­ble la régres­sion du temps. Il accom­plit ain­si la prouesse de don­ner l’impression que l’on se trou­ve véri­ta­ble­ment face à un état antérieur du même per­son­nage. Ces bonnes bases étant posées, le film peut tir­er pleine­ment par­ti des pos­si­bil­ités offertes par la ficelle scé­nar­is­tique du voy­age tem­porel : plongée dépaysante dans une époque passée – pour le spec­ta­teur comme pour le per­son­nage voyageur, sus­pens­es liés à la con­nais­sance de ce qui doit être évité et de ce qui est en jeu, cours­es con­tre la mon­tre, etc.

Dom­mage donc que ce Men in Black 3 reste glob­ale­ment un peu paresseux. Une mise en images très clas­sique, certes moins fati­gante pour les yeux que la norme actuelle des block­busters, peine sou­vent par sa mol­lesse à trans­former les essais comiques. Cer­taines idées amu­santes – voir par exem­ple la scène de la Fac­to­ry – tombent ain­si à plat. Les dia­logues eux aus­si sont sou­vent trop pau­vres ou téléphonés pour faire mouche. Pour un film qui repose autant sur des ressorts comiques que sur le fan­tas­tique, pou­voir compter sur les doigts d’une main les moments véri­ta­ble­ment drôles dans l’ensemble du film est quelque peu prob­lé­ma­tique. Ajou­tons à cela un final mélo tiré par les cheveux, et il est clair que Men in Black 3, comme les agents qui l’habitent, a tout de même frôlé la cat­a­stro­phe.