La fille de Marie de Guise et de Jacques V d’Écosse, est un objet de dis­corde dès sa nais­sance. Reine d’Écosse et pré­ten­dante au trône d’Angleterre, Mary est extradée en France à six ans, mar­iée à quinze, veuve à seize. Elle décide alors de ren­tr­er au pays et de recon­quérir au pas­sage le trône d’Angleterre, acquis par sa cou­sine Élis­a­beth Iere. En adap­tant Mary Stu­art de Ste­fan Zweig, c’est l’histoire d’une reine hors normes que le Suisse Thomas Imbach porte à l’écran, à la recherche d’une forme aus­si auda­cieuse que son héroïne est impétueuse.

Royaume de solitude

Mary Queen of Scots décrit la tra­jec­toire brisée d’un être guidé par la pas­sion, dans sa rela­tion aux hommes comme au pou­voir, emportée par un même élan roman­tique. À la rigueur de la recon­sti­tu­tion, Imbach préfère l’exploration d’une psy­ché fasci­nante. États d’âme et han­tis­es tra­versent un film oscil­lant entre cat­a­clysme et langueur. La trahi­son, la mort, la con­fronta­tion agis­sent comme des déto­na­teurs dans le par­cours de Mary, dont les erreurs stratégiques sont mon­trées autant comme la con­séquence d’un tem­péra­ment intran­sigeant et entier que l’origine d’une névrose. Héroïne farouche, Mary, l’Européenne, à cheval entre trois roy­aumes qui lui échap­per­ont tour à tour, est servie par une inter­prète charis­ma­tique en la per­son­ne de Camille Ruther­ford (Un été brûlant, Low Life). Out­re son bilin­guisme, la comé­di­enne de for­ma­tion clas­sique brille par sa capac­ité à flirter entre rigueur et détente dans l’interprétation de cette sou­veraine hors norme. Le port alti­er, le regard triste, le vis­age dénué de maquil­lage, le corset ser­ré, le corps de Ruther­ford est l’élément cen­tral d’une mise en scène du dénue­ment. Le corps des per­son­nages pré­vaut sur la richesse des décors, écrins vastes mais vides, où l’esprit s’égare et déraille.

Histoire et fantasme

À la recherche d’un ton résol­u­ment mod­erne, Mary Queen of Scots sur­prend par le phrasé alan­gui ou pré­cip­ité de ses acteurs, par l’impudence de leur ton, en décalage avec la raideur de leurs cos­tumes et la pesan­teur de leur envi­ron­nement. Thomas Imbach recon­stitue par touch­es, pour don­ner l’impression d’une époque tout en rap­pelant sans cesse l’actualité d’une héroïne qui veut tout à la fois : le pou­voir et l’amour, la puis­sance et la pro­tec­tion, le respect des hommes et l’accomplissement de la mater­nité. Le com­pro­mis fonc­tionne la plu­part du temps, mais il compte aus­si beau­coup sur une adhé­sion sans faille à l’aura de son héroïne. Baignée le plus sou­vent dans une lumière naturelle prompte à soulign­er un teint diaphane, Mary /Camille Ruther­ford occupe le cadre en gros plan à la moin­dre occa­sion, pour ne jamais per­dre son spec­ta­teur dans son monde aux con­tours insta­bles. Thomas Imbach avait déjà fait mon­tre de son goût pour l’étrangeté avec I Was a Swiss Banker, où un jeune ban­quier échap­pait à un busi­ness fraud­uleux en plongeant dans le lac Con­stance et ren­con­trait sirènes et sor­cières sur la voie de sa rédemp­tion. Avec une reine habitée par une con­cep­tion sacrée de sa mis­sion, le mer­veilleux s’immisce cette fois-ci par les brèch­es d’une douce folie. L’ombre d’Elisabeth plane dans les palais froids et les bois brumeux. Tan­tôt sous les traits d’une émis­saire qui lui ressem­ble, tan­tôt sous la forme d’une mar­i­on­nette, la sœur enne­mie sur­git partout : on bran­dit son por­trait au détour d’un escalier comme dans la salle du trône. Fig­ure de l’absence, aimée et red­outée, la reine d’Angleterre hante les heures som­bres de Mary, annonce de l’issue trag­ique d’une réu­nion impos­si­ble. Film âpre et intran­sigeant, comme son héroïne, Mary Queen of Scots prend le risque de ne pas séduire. Il pro­duit tout le con­traire.