On pou­vait atten­dre davan­tage de rad­i­cal­ité de Mars Express, pre­mier long-métrage de Jérémie Périn, au regard des débuts du réal­isa­teur dans le champ du clip (le trau­ma­tisme généra­tionnel DyE – Fan­ta­sy) et de la série (Last­man). Il y creu­sait une veine à part dans l’animation française, mar­quée par un esprit punk, mais aus­si alour­die par un goût pronon­cé pour la cita­tion (Love­craft, le ciné­ma d’action améri­cain, l’animation japon­aise…). Sorte de film « techn-noir » forte­ment influ­encé par Philip K. Dick, Mars Express suit Aline, détec­tive hard­boiled et Car­los, un androïde dans lequel a été téléchargée la con­science de son parte­naire décédé. Engagés sur les traces d’une étu­di­ante en robo­t­ique dis­parue après avoir « déplom­bé » (soit libéré des trois lois d’Asimov[1]) plusieurs robots, ils se retrou­vent mal­gré eux au cœur d’un com­plot : en secret, la révolte des machines se pré­pare.

Au sein d’un imag­i­naire aus­si bal­isé que celui du cyber­punk, Mars Express peine à trou­ver son iden­tité. Étouf­fé par ses influ­ences, le film sem­ble sou­vent se con­tenter de cocher les cas­es atten­dues du genre, en témoignent les incis­es politi­co-philosophiques, cen­trées autour d’une divi­sion entre les robots et les humains comme métaphore (éculée) du racisme, ou encore les séquences d’action, calquées sur d’illustres mod­èles (cf. une séquence qui repro­duit presque à l’identique le cli­max de Ghost in the Shell de Mamoru Oshii). On devine en creux la volon­té de Périn de bross­er le por­trait d’un futur asep­tisé et déshu­man­isé par le cap­i­tal­isme tech­nologique, à tra­vers notam­ment l’antagoniste, car­i­ca­ture à peine voilée d’Elon Musk. Mais ces retours au con­tem­po­rain ne dépassent pas le stade du clin d’œil ou de l’east­er egg, et le film s’en tient à une vision dystopique con­v­enue se révélant bien inof­fen­sive.

Notes

Notes
↑1 Les trois lois de la robo­t­ique, for­mulées en 1942 par Isaac Asi­mov, sont des règles per­me­t­tant en principe de garan­tir une forme de supré­matie de l’humain sur la machine.