La structure tripartite que prend le récit de Madame Hyde (1. Mme Géquil / 2. Malik / 3. Madame Hyde) semble de prime abord paradoxale eu égard à l’anarchie — il est vrai savamment organisée — que le film met en place : en reprenant, en apparence, non pas la configuration d’un problème de physique ou de chimie mais les conventions du sacro-saint exercice des études de Lettres que constitue en France la dissertation en trois parties, Serge Bozon donne l’impression d’annoncer un parcours très galvanisant, lieu commun du film français “de classe”, “de banlieue”, selon les appellations diverses qu’on lui donnera. Première partie : l’élément de l’autorité (la prof de physique) dont le pouvoir et la parole sont menacés face au groupe (les élèves). Deuxième partie : la confrontation directe avec un élément étranger (à la fois à soi-même et au groupe auquel il paraissait inclus : l’élève handicapé, lourdaud mais pas bête) ; antithétique, qui appelle une synthèse pour dépasser les antagonismes en présence (conformément au Hegel dégradé dont se revendique la fameuse dissertation). Troisième partie : la force autoritaire intégrant son négatif — le vilain petit canard — à son propre mouvement vers une totalité sans faille. À ce titre, ce n’est pas un hasard si Madame Hyde se referme sur une scène de cours de français où Malik (Adda Senani), l’élève que Madame Géquil/Hyde (Isabelle Huppert) aura pris sous sa coupe, se voit reprocher par son professeur, après qu’il a fait le récit de sa relation avec son ancienne professeure de physique-chimie, d’avoir inventé un personnage illicite (“interdit par la loi”, déclare-t-il). (…)
