Tra­jec­toire cohérente que celle de Lupin III, d’abord héros d’une série de man­ga rapi­de­ment adap­tée en ani­ma­tion pour la télévi­sion et le ciné­ma (notam­ment Le Château de Cagliostro, pre­mier long-métrage d’Hayao Miyaza­ki), et qui con­naît aujourd’hui sa pre­mière con­ver­sion aux images de syn­thèse avec Lupin III: The First. Cette façon de gliss­er d’un médi­um à un autre, de la bande dess­inée aux CGI en pas­sant par l’animation tra­di­tion­nelle, n’est pas sans rap­pel­er les muta­tions d’un autre aven­turi­er : Tintin. Ces simil­i­tudes vont jusqu’à imprégn­er le réc­it du dernier Lupin III, qui évoque, via sa toile de fond européenne, le monde d’Hergé, et, par ric­o­chet, celui de Spiel­berg péri­ode Indi­ana Jones, qui con­stitue le véri­ta­ble hori­zon du film de Takashi Yamaza­ki. L’intrépide cam­bri­oleur, petit-fils d’Arsène Lupin, doit en effet sauver le monde d’une bande de nazis qui cherchent à restau­r­er leur puis­sance passée grâce à un jour­nal con­duisant à une mys­térieuse machine.

Dif­fi­cile de ne pas voir dans ce Lupin III un remake peu inspiré des Aven­turi­ers de l’arche per­due, tant il mobilise les fig­ures du genre (archéo­logues, nazis, MacGuf­fin, policiers de car­toon, etc.), aux­quelles s’ajoutent des arché­types de l’animation japon­aise, comme le samouraï tac­i­turne ou la voleuse au grand cœur, cela sans jamais dévi­er de sa feuille de route. Si le film pioche ses péripéties à droite à gauche (du Château dans le ciel à Mis­sion : Impos­si­ble) et parvient à har­monis­er ces emprunts dans une trame épurée, il déçoit néan­moins sur le ter­rain de l’animation numérique, notam­ment com­paré au Tintin de Spiel­berg. Le pas­sage aux CGI ne sem­ble en effet motivé que par un sim­ple désir de remet­tre Lupin III au goût du jour, sans l’assortir d’un pro­jet d’écriture. Il y avait pour­tant matière à faire de ce héros longiligne à la plas­tic­ité surhu­maine un véri­ta­ble moteur de scènes d’action, lesquelles se con­tentent de petits épisodes bur­lesques sans éclat. Le seul intérêt du film réside peut-être dans son statut d’héritier, que le réc­it traduit (les grands-pères absents des deux héros joueront un rôle dans l’intrigue) dans l’une de ses meilleures scènes, où Lupin, pour franchir un couloir tra­ver­sé par des rayons mor­tels, s’appuie sur une trace lais­sée par son ancêtre (la fameuse cane du gen­tle­man-cam­bri­oleur) afin d’échap­per à un coup fatal. C’est certes peu de chose, au vu de la plat­i­tude générale du film.