Low Expec­ta­tions, présen­té cette année à la Quin­zaine des cinéastes, partage avec le ciné­ma de Joachim Tri­er, et en par­ti­c­uli­er Julie (en 12 chapitres), une même ten­dance à fig­ur­er la mélan­col­ie dans un déco­rum douil­let. Le film suit Maja (Marie Ulven), musi­ci­enne dont la car­rière s’est inter­rompue et qui retourne chez sa mère à l’approche de la trentaine ; elle tra­vaille désor­mais dans un lycée et côtoie chaque jour des élèves ou des col­lègues qui, pour la plu­part, ne sem­blent pas pren­dre la mesure de son désar­roi. Sa route croise en par­ti­c­uli­er celle d’Ai­da, jeune lycéenne mal dans sa peau avec laque­lle se noue un lien fait de con­fi­dences, et de Johannes, col­lègue quar­an­te­naire lui aus­si empreint d’une cer­taine soli­tude. À eux trois, ils dessi­nent une forme de per­ma­nence de la mélan­col­ie, dont per­son­ne ne réchappe vrai­ment. L’intérêt du réc­it tient aux petits déplace­ments que leurs échanges opèrent chez Maja : sans l’extraire de ce cycle, ils lui ouvrent une voie vers l’acceptation de sa tristesse. Celle-ci prend alors aus­si la douceur d’un cocon, ren­due sen­si­ble par les choix de mise en scène du cinéaste. Le régime d’images majori­taire du film, ponc­tué de ralen­tis appuyés éti­rant les gestes et les regards, de musique pop vaporeuse et de lumières de fin du jour, entre­tient la joliesse d’un vague à l’âme dans lequel il deviendrait presque agréable de se lover.

Une scène aux deux tiers du film, assez réussie, met toute­fois ce refuge à l’épreuve. Maja et sa mère dis­cu­tent autour d’une table dans le salon, où le mobili­er har­monieux com­pose un camaïeu de beige et la lumière ouatée adoucit les vis­ages. Une fois la con­ver­sa­tion ter­minée, les deux per­son­nages quit­tent le champ tan­dis que la caméra reste fixe et s’attarde sur la table et les chais­es vides. Hors champ, on entend alors Maja s’effondrer en san­glots. À cet instant, on a l’impression que la tristesse doit être évac­uée de ce décor pour pou­voir enfin se faire enten­dre ; l’atmosphère coton­neuse qui enveloppe le per­son­nage paraît soudain inca­pable d’en accueil­lir la douleur pro­fonde. Hélas, cette per­cée demeure isolée : pour le reste, le film glisse sur la sur­face d’un mal-être dont le cinéaste nous épargne le poids.