Le titre ambiva­lent du pre­mier long-métrage d’Émilie Aus­sel augure les lignes de force qui le struc­turent. L’été l’éternité est en effet de part en part tra­ver­sé par les ten­sions et les con­trastes qui font les moments de bas­cule d’une exis­tence : en l’occurrence, le téle­sco­page entre un cer­tain sen­ti­ment d’infini (« l’éternité ») par­fois pro­pre à la jeunesse, et la bru­tale rapid­ité avec laque­lle ce dernier peut rapi­de­ment s’évanouir dans une tem­po­ral­ité bien plus resser­rée (« l’été »), face aux pre­mières expéri­ences trag­iques. Après un préam­bule solaire, la mort mys­térieuse de Lola (Mar­cia Guedj-Feugeas), la meilleure amie de Lise (Agathe Tal­rich) avec qui elle partage une même bande d’amis, per­turbe un été placé sous le signe d’expériences sen­sorielles et fes­tives.

L’été l’éternité s’applique essen­tielle­ment à aus­cul­ter les réper­cus­sions de l’événement sur les dif­férents per­son­nages, et en par­ti­c­uli­er sur Lise, au fil d’une écri­t­ure large­ment intro­spec­tive et par­fois trop lis­i­ble : le recours à la voix off retran­scrit les paroles de Lise s’adressant à Lola, sous la forme d’un mono­logue lais­sé sans réponse, presque comme chez Mal­ick, tan­dis que de nom­breuses séquences voient les per­son­nages décrire leurs émo­tions face caméra, dans un for­mat proche d’une inter­view. Ces dif­férents par­tis pris con­fèrent à L’été l’éternité une forme de douceur empathique et instau­rent une sorte de dis­posi­tif cathar­tique. Le naturel des comé­di­ens, prin­ci­pale force du film, per­met au film de se déploy­er dans une atmo­sphère prop­ice aux con­ver­sa­tions intimes, même si c’est pré­cisé­ment dans un excès de famil­iar­ité que le film finit par trou­ver sa prin­ci­pale lim­ite. À vouloir faire com­mu­nier ses per­son­nages et ses spec­ta­teurs dans la représen­ta­tion apaisée d’un cer­tain nom­bre d’affects aus­si douloureux qu’universels (l’épreuve du deuil comme con­di­tion douloureuse du pas­sage de l’enfance à l’âge adulte), Émi­lie Aus­sel se retrou­ve à bross­er un tableau psy­chologique légère­ment trop bal­isé. C’est l’impression que pro­duit surtout le dernier mou­ve­ment du film, où Lise est accueil­lie par quelques jeunes adultes qui sem­blent avoir atteint une forme de sérénité, dont il va – sans grande sur­prise – s’avérer qu’elle n’a été con­quise qu’à l’épreuve des pre­mières grandes souf­frances de l’âge adulte (et notam­ment du deuil, là encore). À l’image de la fin de l’adolescence qu’il dépeint, le film tend alors lui-même à se faire le par­cours de dif­férents pas­sages oblig­és, dessi­nant une intrigue psy­chologique rel­a­tive­ment con­v­enue.