Découpé en trois par­ties dont cha­cune porte le nom d’un homme, Les Tour­nesols sauvages suit les his­toires amoureuses de Julia, une jeune mère céli­bataire. Oscar, Mar­cos et Àlex incar­nent cha­cun un arché­type mas­culin, qui s’accompagne d’un réc­it bal­isé : le pre­mier est un beau par­leur macho et pos­ses­sif ; le deux­ième, un grand enfant imma­ture inca­pable d’assumer ses respon­s­abil­ités de père ; le troisième, un homme instru­it avec qui Julia fini­ra par avoir un nou­v­el enfant. Tous les trois auront le droit à un regard caméra filmé du point de vue de Julia. On com­prend l’idée, appuyée et un brin naïve, qui sous-tend le procédé : le cinéaste explicite par sa mise en scène sa volon­té d’embrasser le regard féminin. Mais la struc­ture rigide du film en général, et de ce par­al­lélisme en par­ti­c­uli­er, nour­rit l’impression d’un sur­plomb moral à l’égard des per­son­nages, comme s’ils com­para­is­saient devant nous afin que l’on élise le meilleur d’entre eux. Ce speed dat­ing filmique main­tient en per­ma­nence une dis­tance pseu­do-cri­tique réduisant cha­cun à un cas d’étude et à des sit­u­a­tions arché­typ­ales, si bien que le film fait l’impasse sur leurs sin­gu­lar­ités indi­vidu­elles et toute forme d’ambivalence. En suiv­ant une logique pro­gres­sive, du pire au meilleur com­pagnon, le réc­it flèche, voire déter­mine notre juge­ment en réduisant chaque rela­tion à un enchaîne­ment de moments sig­ni­fi­cat­ifs et facile­ment inter­préta­bles. Alors que Jaime Ros­ales voudrait être au plus près de la vie sen­ti­men­tale de son héroïne, il se révèle in fine bien inca­pable de filmer sa part la plus sub­tile, qu’il s’agisse de la nais­sance d’un sen­ti­ment ou de l’érosion d’une rela­tion.

En plus d’être inof­fen­sive, cette dis­ser­ta­tion sur les dif­férentes facettes de la tox­i­c­ité mas­cu­line recon­duit l’air de rien le cliché de la ren­con­tre prov­i­den­tielle, comme si le bon­heur de Julia ne pou­vait advenir qu’aux côtés de « l’homme de sa vie ». Entre l’inscription sociale des per­son­nages sans cesse soulignée (la pro­gres­sion morale des com­pagnons se recoupe avec une pro­gres­sion sociale) et le famil­ial­isme béat que le réc­it promeut (à peine nuancé par quelques répliques de Julia dans la dernière par­tie du film), Les Tour­nesols sauvages s’avère être un film plus rance et con­ser­va­teur que sa dénon­ci­a­tion con­v­enue de la mas­culin­ité ne le lais­sait présager.