Après la car­rière du ten­nis­man John McEn­roe dans L’Empire de la per­fec­tion, Julien Faraut retrace les prouess­es d’une équipe japon­aise de vol­ley­ball couron­née d’une médaille d’or aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964. Les Sor­cières de l’Orient revient sur les dessous de leur épopée et sur la mytholo­gie pop­u­laire qu’elles ont engen­drée, et se présente comme un objet hybride, con­sti­tué d’entretiens et d’images mon­trant le quo­ti­di­en des joueuses aujourd’hui, mais aus­si d’archives par­mi lesquelles des retrans­mis­sions télé et des extraits de séries ani­més inspirées de leurs hauts faits (notam­ment Jeanne et Serge, dif­fusé dans les années 1980). Sans trop savoir par quel bout pren­dre cet exploit col­lec­tif, Faraut esquisse plusieurs pistes afin de saisir la dynamique de groupe qui a mené l’équipe japon­aise sur le toit du monde. La mise en place d’in­ter­views a pos­te­ri­ori laisse d’abord croire que l’on assiste à un doc­u­men­taire rétro­spec­tif, à dis­tance des événe­ments, por­tant par­ti­c­ulière­ment son atten­tion sur le rôle sin­guli­er de chaque joueuse au sein de l’équipe (tit­u­laires indis­cuta­bles, rem­plaçantes, etc.). Mais le film passe vite à autre chose, par exem­ple lors du match Japon-URSS des mon­di­aux de 1962, où le mon­tage par­al­lèle fig­ure le dédou­ble­ment du geste sportif, entre la cap­ta­tion télévi­suelle d’un match et sa repro­duc­tion fan­tas­mée dans le champ de la fic­tion. Dans le dernier tiers sur­git une nou­velle piste, peut-être la plus intéres­sante : lors de la finale des J.O. de 1964, Faraut laisse les archives se déploy­er dans le temps. L’action sportive est détail­lée, les inter­ac­tions entre les joueuses se con­cré­tisent à l’écran, et les points impor­tants sont retrans­mis en inté­gral­ité – là où, jusqu’à présent, le jeu était générale­ment mis de côté au prof­it d’informations périphériques (la vie privée des pro­tag­o­nistes, leur entraîne­ment qua­si mil­i­taire ou encore le dis­posi­tif médi­a­tique qui les a trans­for­mées en héroïnes nationales).

Les mul­ti­ples voies tracées par Faraut s’entrecroisent ain­si assez peu : dif­férentes straté­gies se suc­cè­dent en vue de saisir l’origine et l’ampleur de la série de vic­toire des « Sor­cières de l’Orient », sans pour autant que cha­cun de ces sil­lons ne soit creusé en pro­fondeur. Le des­tin des rem­plaçantes sera évac­ué au prof­it du reten­tisse­ment mon­di­al du suc­cès col­lec­tif, le redou­ble­ment fic­tion­nel de leurs exploits mis sur la touche aus­sitôt entré en jeu (après une poignée d’extraits d’ani­me), et la cap­ta­tion du jeu de l’équipe lais­sera, dans les dernières min­utes, entrevoir un tout autre film (sur le geste décisif, la rela­tion entre le jeu et le chronomètre qui tourne, etc.), qui n’aura donc pas vrai­ment lieu. Trop prompt à recourir à des archives hétérogènes au risque de ne tenir aucun cap en par­ti­c­uli­er, Les Sor­cières de l’Orient pâtit prin­ci­pale­ment de sa gour­man­dise icono­graphique – un appétit qui va à l’encontre de la ligne droite tracée par son réc­it  : le par­cours par­fait d’une équipe jusqu’à sa vic­toire aux JO, sur laque­lle le film s’achève. Reste au moins le mérite d’avoir voulu pro­pos­er une autre façon de faire du doc­u­men­taire, entre par­tic­i­pa­tion à l’iconisation d’un mythe pop­u­laire et retran­scrip­tion pré­cise et détail­lée d’événements his­toriques.