Hommage à un classique du conte de Noël

Adap­té d’un album best-sell­er de l’auteur pour enfants bri­tan­nique Ray­mond Brig­gs, le dessin ani­mé Le Bon­homme de neige est très fréquem­ment dif­fusé en Grande-Bre­tagne depuis sa sor­tie en 1982. La per­spec­tive du tren­tième anniver­saire de ce clas­sique don­na l’idée au pro­duc­teur John Coates de réalis­er un film hom­mage, suite et vari­a­tion du pre­mier, avec l’aval artis­tique de son créa­teur. Suiv­ant la même tech­nique arti­sanale que le pre­mier opus, ce petit frère est lui aus­si réal­isé au cray­on de couleur.

Le Bon­homme de neige et le petit chien, qui reprend la même trame du réc­it orig­inel, est présen­té avec L’Ours, lui aus­si tiré d’un album de l’auteur pour enfants, mais réal­isé en 1998. Les deux films ren­dent hom­mage à leur mod­èle en respec­tant le style de dessin de leur auteur, au point qu’ils parais­sent con­tem­po­rains, mal­gré la quin­zaine d’années qui sépare leur genèse. C’est que le monde dépeint par Brig­gs est à la fois très solide­ment ancré dans la fin des années 1970, tout en ouvrant sur un monde onirique intem­porel.

Prenant pour point de départ un événe­ment banal (une vis­ite au zoo, pour l’un, la con­cep­tion d’un bon­homme de neige pour l’autre) les deux his­toires sont rigoureuse­ment con­stru­ites sur le même sché­ma. Les traits de cray­on lais­sés appar­ents représen­tent avec une scrupuleuse pré­ci­sion l’environnement quo­ti­di­en en même temps qu’ils lui don­nent une atmo­sphère enfan­tine. La légère tristesse de ce monde réal­iste se fis­sure face à l’irruption du mer­veilleux. La vis­ite impromptue d’un ours dans la cham­bre d’une fil­lette ou d’un bon­homme de neige dans la cour triste d’un garçon con­duisent à un voy­age fan­tas­tique le temps d’une nuit.

Voyages immobiles

Si les spec­ta­teurs les plus impres­sionnables peu­vent trou­ver la grande ourse un peu féroce, les spec­ta­teurs mélo­manes tiqueront peut-être sur cer­tains arrange­ments aux accents un peu trop héroïques dans Le Bon­homme de neige et le Petit Chien, ain­si que sur le goût pas tou­jours très sûr des couleurs du monde enneigé. Pour autant, ce pro­gramme assez désuet ne manque cer­taine­ment pas de charme.

L’idée de pro­gram­mer ensem­ble ces deux courts métrages aux scé­nar­ios presque iden­tiques est assez belle, puisqu’elle per­met à tra­vers la répéti­tion de la trame du réc­it, un tra­vail sur la vari­a­tion, insis­tant sur les dif­férences d’un monde fan­tas­tique à l’autre. Cette répéti­tion même fait pass­er à l’arrière plan le réal­isme un peu terne du quo­ti­di­en. Par con­traste avec les petits pavil­lons ni tristes ni gais, les mon­u­ments de Lon­dres ou les plaines enneigées où s’échappent les enfants emmenés par leurs com­pagnons d’une nuit devi­en­nent com­plète­ment féériques. L’ampleur et la vir­tu­osité des mou­ve­ments de caméra vien­nent soulign­er la magie de cette expéri­ence inouïe.