Il est facile de tomber sous le charme du début des Huit mon­tagnes, qui retrace les aven­tures esti­vales de deux enfants dans les Alpes ital­i­ennes. Les jeunes Pietro et Bruno habitent et réin­ven­tent ensem­ble cet espace, loin du tumulte de Turin, où le pre­mier réside avec ses par­ents le reste de l’année. Lors d’une excur­sion sur un glac­i­er avec le père de Pietro, un fos­sé se creuse toute­fois, lit­térale­ment, entre eux : Pietro, frêle et moins téméraire que son parte­naire, ne parvient pas à sauter au-dessus d’une dan­gereuse crevasse. L’enfant traîn­era cet échec pen­dant longtemps avant de mesur­er, au fil des années, toute la dis­tance qui le sépare sociale­ment de Bruno (l’un est un citadin, fils d’un homme de sci­ence ; l’autre a gran­di à la cam­pagne sans son père, ouvri­er tou­jours en déplace­ment). Les deux enfants ne se retrou­veront qu’une fois adultes, à la mort du père de Pietro, pour recon­stru­ire une mai­son sur le flanc d’une mon­tagne et combler les béances de leur ami­tié. Après Alaba­ma Mon­roe, le trait de Felix Van Groenin­gen, qui a coréal­isé le film avec Char­lotte Van­der­meer­sch, sem­ble dans un pre­mier temps s’être presque adouci. La con­struc­tion de la mai­son aurait même pu con­clure un beau petit film, sur l’invention répara­trice d’un lieu partagé ou sur la fab­ri­ca­tion d’une image pic­turale dans laque­lle s’installer – le for­mat 4:3, adap­té au motif ver­ti­cal de la mon­tagne, ren­voy­ant ici et là aux toiles de Cas­par David Friedrich.

Prob­lème : il reste encore une heure et demie de film. L’intrigue com­mence alors à mul­ti­pli­er les couch­es dra­ma­tiques, avec la com­plic­ité d’une voix-off qui inter­vient pour clar­i­fi­er les non-dits du réc­it. Le pen­chant pour le pathos, qui car­ac­téri­sait les précé­dents films de Van Groenin­gen, revient au galop lorsqu’une nou­velle dis­tance se creuse entre Bruno et Pietro (le pre­mier fonde une famille, le sec­ond part voy­ager au Népal). Et la mise en scène ? Elle s’appuie avant tout sur la pic­tural­ité des panora­mas pour con­tre­bal­ancer la monot­o­nie acca­blante des scènes de dia­logue (sur fond de quête de soi et de proces­sus de deuil). Sans relief ni aspérité, Les Huit mon­tagnes en vient même à ternir la beauté de ses paysages en les réduisant à de plates métaphores cen­sées illus­tr­er les états d’âme de ses per­son­nages, avec en prime un sché­ma dess­iné par Pietro pour expli­quer le titre du film et sa morale.