Par­ler de l’autisme au ciné­ma pose un véri­ta­ble défi de représen­ta­tion : com­ment faire en sorte que les per­son­nes atteintes puis­sent occu­per le cadre quand leur mal­adie les con­damnent à faire abstrac­tion de leur envi­ron­nement ? Loin d’un Rain Man de Bar­ry Levin­son qui se con­tentait d’ap­pli­quer des recettes hol­ly­woo­d­i­ennes pour que le per­son­nage autiste devi­enne le récep­ta­cle des émo­tions du spec­ta­teur (film auquel les par­ents d’un jeune autiste font d’ailleurs référence pour par­ler de leur prise de con­science de la mal­adie de leur fils), le doc­u­men­tariste Bernard Richard préfère observ­er le fonc­tion­nement d’une insti­tu­tion spé­cial­isée où le per­son­nel tra­vaille chaque jour à con­stru­ire un mode de com­mu­ni­ca­tion avec les enfants qu’elle accueille. Au cours d’en­tre­tiens répétés avec les par­ents et les soignants, la caméra tente avec une incon­testable humil­ité de cir­con­scrire la com­plex­ité des enjeux liés à l’autisme à tra­vers les diag­nos­tics et témoignages dont les sujets font ici l’ob­jet. À l’in­verse d’Elle s’ap­pelle Sabine, le beau doc­u­men­taire que San­drine Bon­naire avait con­sacré à sa sœur atteinte d’une sorte d’autisme, l’ab­sence de lien affec­tif par­ti­c­uli­er entre le filmeur et les autistes ne fait jamais dévi­er Les Enfants de la rose verte de son objec­tif péd­a­gogique.

La clé du discours

Instruc­tif et infor­matif, le film Bernard Richard prend néan­moins le risque de se lim­iter à sa louable inten­tion de sen­si­bil­i­sa­tion du grand pub­lic aux dif­fi­cultés que pose l’autisme pour l’en­tourage proche. Pour les familles qui témoignent, on sent un com­préhen­si­ble besoin de s’ex­primer sur la ques­tion et le com­porte­ment du réal­isa­teur à leur égard sem­ble encour­ager les con­fi­dences. Mais le dis­posi­tif pro­posé s’éloigne trop rarement de l’habituel entre­tien face caméra dont la télévi­sion raf­fole tant. Si les mots revê­tent ici une impor­tance cap­i­tale pour sur­mon­ter les frus­tra­tions, on peut néan­moins regret­ter que les propo­si­tions formelles du réal­isa­teur ne parvi­en­nent pas à dépass­er cette indis­pens­able prise de parole pour que la ques­tion de l’autisme – et notam­ment toutes les abstrac­tions qui l’en­tourent – se traduise égale­ment à l’im­age et dans le mon­tage. Il est prob­a­ble que Les Enfants de la rose verte fasse excès d’hu­mil­ité et se plie à l’au­torité insti­tu­tion­nelle pour relay­er son action. Il serait déplacé de le reprocher com­plète­ment à son réal­isa­teur tant son tra­vail d’é­coute et d’ob­ser­va­tion vient enrichir le regard par­fois biaisé que l’on porte sur ce hand­i­cap énig­ma­tique qui divise encore le corps médi­cal.