Adap­té du roman à suc­cès Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniver­saire (700 000 exem­plaires ven­dus rien qu’en Suède), le film rap­pelle le voy­age mené vingt ans plus tôt par For­rest Gump. Réécri­t­ure de l’histoire con­tem­po­raine, ren­con­tres avec des per­son­nages illus­tres émail­lées d’anecdotes per­son­nelles, Le Vieux rejoue la par­ti­tion ciné­matographique cod­i­fiée en son temps par Robert Zemeck­is et pour­tant l’effet de sur­prise parvient à fonc­tion­ner, le choix de priv­ilégi­er les per­dants et les méchants du XXe siè­cle n’y est sans doute pas étranger.

Le boom suédois

Que faire de sa vie lorsque votre seul bon­heur réside dans la con­fec­tion et l’explosion de bombes arti­sanales? A pri­ori pas grand-chose et pour­tant la vie d’Allan Karls­son prou­ve le con­traire. Envoyé en mai­son de retraite après avoir fait explosé un renard dans son jardin, il réalise le matin de son cen­tième anniver­saire que l’herbe est sans doute plus verte ailleurs. Tan­dis qu’il met les voiles sans but pré­cis, il se retrou­ve en pos­ses­sion d’une valise con­voitée par une bande de voy­ous. La course pour­suite s’amorce tan­dis qu’Allan agrège sur son pas­sage d’autres com­pères. Chaque nou­velle étape de la cav­ale est l’occasion d’un flash­back dévoilant un sou­venir du cen­te­naire et con­stru­isant simul­tané­ment un par­cours per­son­nel hors-norme et un réc­it his­torique échevelé de la fin des années 1930 aux années 1980. Si le fil con­duc­teur de For­rest Gump résidait dans la quête amoureuse du héros, Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniver­saire sent la poudre et le TNT. Et force est de con­stater que la vio­lence du XXe siè­cle dépasse de loin l’imagination, offrant à l’étrange pas­sion d’Allan un ter­rain d’expression expo­nen­tiel. Car le XXe siè­cle est indé­ni­able­ment le siè­cle de la bombe : des engins home made des divers résis­tants européens à la bombe, celle qui sign­era la fin de la Sec­onde Guerre mon­di­ale et qui déter­min­era le bras de fer est/ouest jusqu’au dégel des années Gor­batchev, Allan les con­naît toutes et pour cause. Le film le mon­tre suc­ces­sive­ment sous les traits d’un arti­fici­er pour la rébel­lion espag­nole, du cerveau du pro­jet Man­hat­tan et d’un agent dou­ble, copinant avec Staline et Rea­gan. Absol­u­ment jouis­sif dans sa relec­ture icon­o­claste des grandes fig­ures poli­tiques et intel­lectuelles, le métrage s’amuse à démythi­fi­er les pires dic­ta­teurs (Fran­co dévo­rant une paël­la, Staline ivre mort) et s’ingénie à redessin­er les por­traits d’Albert Ein­stein (et de son jumeau attardé), de Rea­gan ou de Gor­batchev.

Toute­fois, si la par­tie flash­backs four­mille d’idées hila­rantes, la nar­ra­tion con­tem­po­raine qui suit le cen­te­naire et ses amis demeure en deçà des péripéties du passé. En dépit d’un rythme soutenu et d’une propen­sion à user de la vio­lence (et du sang) comme d’un moteur comique, le présent du vieux ennuie quelque peu. La galerie de freaks aux trouss­es du vieil­lard, tous plus abrutis les uns que les autres, et les bras cassés qui accom­pa­g­nent sa fuite n’y change rien. Et pour­tant, les per­son­nages avaient de quoi ali­menter plusieurs comédies à eux tout seuls : l’étudiant éter­nel doté d’une cul­ture ency­clopédique aus­si impres­sion­nante qu’inutile, la femme écol­o­giste con­va­in­cue qui héberge un éléphant en pleine cam­pagne sué­doise…

Sans être une totale réus­site, Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniver­saire démon­tre qu’on peut s’amuser de l’histoire récente et de ses fig­ures mar­quantes sans vers­er dans le sen­ti­men­tal­isme et la niais­erie (à l’inverse de For­rest Gump donc). Irrévéren­cieux dans ses références, sin­guli­er dans son cast­ing (le jeu­nisme n’y a pas franche­ment voix au chapitre) et min­i­mal­iste dans ses effets (la repro­duc­tion du passé évite les effets numériques chers à Zemeck­is pour s’autoriser une lib­erté d’interprétation et de recon­sti­tu­tion revig­o­rante), le métrage se présente comme une petite bulle d’oxygène sym­pa­thique, irrégulière et impar­faite mais féro­ce­ment amu­sante.