Depuis qu’elle promène sa sil­hou­ette d’éter­nelle jeune fille un brin gouailleuse en France, en Europe ou aux États-Unis, du ciné­ma à la télévi­sion, Julie Delpy est dev­enue une sorte de sym­pa­thique cou­sine de cel­lu­loïd, qui nous donne de temps en temps des nou­velles à tra­vers une fil­mo­gra­phie pour le moins sur­prenante, où l’on croise Godard et Carax, Tav­ernier et Kies­lows­ki, Schlön­dorff et Jar­musch, mais aus­si une bluette roman­tique dev­enue culte (Before Sun­rise) et sa suite (Before Sun­set), et même la série Urgences. Dev­enue réal­isatrice, elle sem­ble là encore s’a­muser à brouiller les pistes : quoi de com­mun entre la comédie roman­tique indé 2 Days in Paris, le film hor­ri­fique La Comtesse et ce Sky­lab ? Absol­u­ment rien, ce qui fait à la fois le charme et la lim­ite de Julie Delpy cinéaste.

Le Sky­lab est un de ces films à fort poten­tiel pop­u­laire, qui repose entière­ment sur la con­nivence qu’il établit avec le spec­ta­teur : la nos­tal­gie (on est en 1979), l’i­den­ti­fi­ca­tion (une réu­nion de famille en Bre­tagne, avec oncles relous, cousins en pleine explo­sion hor­monale et mamies qui yoy­ot­tent) et l’hu­mour fédéra­teur ten­dance Char­lie Heb­do, Reis­er et Brétéch­er, qui emballera sans trop de mal le pub­lic auquel le film s’adresse (les 30–60 ans, en gros). Delpy joue avec plus ou moins de bon­heur sur les con­trastes entre cette famille glob­ale­ment con­ser­va­trice, férue de Gis­card, de Sar­dou et de méchoui, et le cou­ple de soix­ante-huitards qu’elle incar­ne avec Éric Elmosni­no. Dans ses meilleurs moments, Le Sky­lab séduit par sa féroc­ité, dans laque­lle on recon­naît le franc-par­ler de l’ac­trice-réal­isatrice, qui ne recule pas devant la car­i­ca­ture et s’ac­quitte plutôt bien de l’ex­er­ci­ce périlleux du jeu de mas­sacre, qu’elle con­tre­bal­ance par une ten­dresse qui n’est jamais feinte (on oubliera, avec un peu d’in­dul­gence, les cat­a­strophiques scènes de début et de fin). Mais la mul­ti­plic­ité des per­son­nages lim­ite le film à une suc­ces­sion de sketch­es plus ou moins con­va­in­cants qui tuent toute empathie, quand par­fois on aurait aimé s’at­tarder sur l’un(e) ou l’autre des mem­bres de cette famille et fouiller un peu plus dans leurs névros­es. Dénué de toute ambi­tion esthé­tique, Le Sky­lab ressem­ble finale­ment bien aux vieilles pho­tos de famille retrou­vées dans un buf­fet : pas tou­jours bien cadré, à la fois embar­ras­sant et touchant, et que l’on s’empressera d’ou­bli­er comme la plu­part des sou­venirs qui émer­gent d’une époque dont on n’est vrai­ment pas nos­tal­giques.