Adap­té du best-sell­er de Sue Monk Kidd, The Secret Life of Bees, le film de Gina Prince-Bythe­wood s’affiche comme un woman’s black film émou­vant mais naïf, s’appuyant sur un cast­ing très musi­cal (Ali­cia Keys, Jen­nifer Hud­son, Queen Lat­i­fah). Dans le con­texte de l’Amérique ségré­ga­tion­niste du tour­nant des années 1950–1960, Le Secret de Lily Owens se con­cen­tre sur les ater­moiements de la préado­les­cence et pro­pose une vision édul­corée d’une péri­ode pour­tant com­plexe de l’histoire des États-Unis.

Lily Owens (Dako­ta Fan­ning) a un secret, mal­heureuse­ment révélé aux spec­ta­teurs dès le pro­logue du film. À qua­tre ans, elle a acci­den­telle­ment tué sa mère avec l’arme à feu que celle-ci voulait utilis­er pour se défendre d’un mari devenu vio­lent et refu­sant de la voir quit­ter le foy­er. Dev­enue une jeune ado­les­cente au physique frag­ile mais au car­ac­tère bien trem­pé, Lily refuse d’accepter l’idée que sa défunte mère ait voulu l’abandonner. Lasse de subir le joug d’un père alcoolique, obsédée par un passé plein de mys­tère, elle quitte la Car­o­line du Sud avec sa gou­ver­nante noire, Ros­aleen (Jen­nifer Hud­son), qu’elle arrache ain­si à la vio­lence des hommes blancs. Ce duo inso­lite trou­ve refuge auprès des sœurs Boatwright, trois Afro-améri­caines mod­ernes et indépen­dantes, partageant leur temps entre api­cul­ture, musique, cui­sine et culte d’une vierge noire. Grâce à ce clan fer­mé, étrange mais bien­veil­lant, Lily parvien­dra à trou­ver les répons­es qui lui man­quaient, pour faire la paix avec son passé et accepter un deuil jusqu’alors impos­si­ble. Ros­aleen trou­vera la recon­nais­sance sociale à laque­lle sa couleur de peau l’avait tou­jours empêchée d’accéder.

Le Secret de Lily Owens est un joli film famil­ial pour dimanche après-midi plu­vieux, sem­blant vis­er surtout un pub­lic de moins de 13 ans. Quelques grammes d’espoir dans un monde de brutes… Le réc­it, focal­isé par le regard d’une pré-ado qui ne com­prend pas le principe de ségré­ga­tion et trou­ve une “vraie famille” par­mi une maison­née de femmes noires, est en effet empreint d’une douce naïveté. C’est donc avec un regard d’enfant que ce film doit être appréhendé, si l’on veut pass­er out­re son côté mièvre et bien inno­cent par rap­port à la réal­ité des vio­lences physiques et morales que la com­mu­nauté afro-améri­caine a dû affron­ter à cette époque. Le Secret de Lily Owens est un film clas­sique et sage à tous points de vue. Le déroule­ment nar­ratif est atten­du et les per­son­nages n’offrent guère plus qu’une galerie de stéréo­types : le père alcoolique, le jeune Black courageux et studieux, l’adolescente en quête d’identité, la femme libérée mais trop amoureuse pour refuser le mariage… Dako­ta Fan­ning fait ce qu’elle sait faire (paraître sen­si­ble, frag­ile et boulever­sée) et elle le fait bien. Celle qui a com­mencé à jouer la comédie dès le cours pré­para­toire grandit à l’écran et parvient à mul­ti­pli­er les rôles mal­gré ce cap dif­fi­cile de l’adolescence et de la puberté, qui provoque sou­vent la dis­pari­tion – pas­sagère ou défini­tive – des enfants stars. Mais pas de repos pour Dako­ta ! Espérons que les années à venir apporteront à la petite fille de l’Amérique la matu­rité et l’autorité néces­saires pour choisir seule et intel­ligem­ment des rôles var­iés et plus ambitieux.

Le Secret de Lily Owens per­met à l’Amérique bien pen­sante de rap­pel­er l’évolution de la recon­nais­sance sociale de ses minorités et de se féliciter du chemin par­cou­ru par la com­mu­nauté afro-améri­caine des champs de coton à la Mai­son Blanche (même si Barack Oba­ma est “juste” métis, rap­pelons-le). N’oublions pas que la route sera encore longue avant que la vie dans les inner cities défa­vorisées – véri­ta­bles ghet­tos eth­niques dans les grandes villes – soit aus­si rose que la façade de la mai­son des sœurs Boatwright. Le Secret de Lily Owens reste un joli con­te pour enfants et jeunes filles en fleur.