Le Retour s’ouvre sur un geste, sim­ple et beau, qui laisse entrevoir quelques promess­es. Une mau­vaise nou­velle parvient à Khé­did­ja (Aïs­satou Dial­lo Sagna), une mère sur le point de pren­dre un fer­ry avec ses deux jeunes filles, Jes­si­ca et Farah. L’aînée ramasse alors le télé­phone de sa mère qu’elle vient de laiss­er tomber, comme pour apais­er une peine qu’elle ne peut pour­tant, à son âge, pas encore mesur­er : son père vient de mourir. On retrou­ve le trio à la suite d’une ellipse de quinze ans, sur un navire en direc­tion de la Corse, où Jes­si­ca et Farah sont nées sans y avoir gran­di. Dans ce décor de carte postale, Corsi­ni met en place un réc­it à mi-chemin entre le mélo­drame famil­ial et la comédie esti­vale. En dépit de cette belle entame, le pro­gramme du Retour s’avère hélas prévis­i­ble : mère et filles vont, cha­cune à leur manière, renouer avec les fan­tômes du passé et appren­dre à tiss­er dans la douleur de nou­veaux liens.

Le film avance au rythme d’un scé­nario ver­rouil­lé, qui prévoit pour chaque pro­tag­o­niste un petit défi per­son­nel à relever : Khé­did­ja doit faire la paix avec son his­toire trag­ique sur l’île de beauté ; élève exem­plaire, Jes­si­ca (Suzy Bem­ba) décou­vre son homo­sex­u­al­ité au con­tact de Gaïa, fille de la famille dont Khé­did­ja garde les enfants ; ado­les­cente plus dif­fi­cile, Farah (Esther Gohourou) doit quant à elle trou­ver sa pro­pre voie et com­mence par un jeu de cir­con­stances à deal­er du shit sur les plages cors­es. Cet équili­brage per­ma­nent, qui con­siste à mon­ter en par­al­lèle la tra­jec­toire de cha­cune, est certes prop­ice à l’expression du jeu des actri­ces, toutes con­va­in­cantes, mais reste trop vis­i­ble et arti­fi­ciel pour ménag­er du trou­ble, et par con­séquent de l’émotion.

Au gré de rebondisse­ments téléphonés (voire de clichés gênants, comme une soirée sous ecs­ta qui dégénère), chaque instant d’apaisement est inter­rompu par une dis­pute, tan­dis que la moin­dre dis­corde débouche qua­si sys­té­ma­tique­ment sur des réc­on­cil­i­a­tions siru­peuses. À cause d’une mise en scène académique, prise au piège d’un réc­it cal­i­bré, le film pro­gresse de cette manière en ligne droite jusqu’à un dénoue­ment lacry­mal et baigné de notes de piano. Anec­do­tique sans être déshon­o­rant, Le Retour ressem­ble ain­si surtout à un aller sim­ple – c’est d’ailleurs au moment de repar­tir de l’île que le film s’achève, après avoir rem­pli sa mis­sion.