Une galerie d’acteurs s’ébroue dans un décor, sans par­venir à détourn­er le spec­ta­teur de la pen­sée des con­di­tions de tour­nage. Mocky tourne vite et mal, une fois de plus.

Unité de temps et unité de lieu : le film de Jean-Pierre Mocky se déroule entière­ment au “Renard jaune”, bar d’habitués dont la mas­cotte vêtue d’un mail­lot couleur cit­ron reflète la pas­sion du patron pour le cyclisme. Dans ce huis clos cohab­itent des âmes abîmées par la vie. Alcoolisme, méga­lo­manie, vio­lence, recours aux faveurs de jeunes hommes : cha­cun porte son vice en éten­dard. Le plus délétère de tous ces per­son­nages est aus­si celui qui dis­paraît le plus vite : Charles Senac (Richard Bohringer), écrivain ayant rem­porté le prix Goncourt pour son seul roman, ne s’exprime que par des gestes lubriques et des injures. Vitupérant et grog­nant, il est mis sur la touche du film après quelques min­utes, assas­s­iné par l’un des habitués du tro­quet. L’inspecteur mène l’enquête dans l’établissement où se pré­pare juste­ment un atten­tat.

Ambiance de fin du monde à tous les étages dans ce film de Mocky, qui étale son cast­ing de retraités de luxe dès les pre­mières scènes. Michael Lons­dale, Claude Brasseur, Dominique Lavanant, Jean-François Stévenin parta­gent la vedette avec Béa­trice Dalle ou Frédéric Diefen­thal. Même le sale gosse du ten­ancier, tou­jours en train de s’empiffrer, est inter­prété par le jeune acteur des Vacances de Ducobu (François Viette). Qu’allaient-ils faire dans cette galère? se demande-t-on sans cesse. Le per­son­nage inter­prété par Béa­trice Dalle s’appelle Brigitte : qu’importe, les autres comé­di­ens oublient ces con­ven­tions de per­son­nage, et l’appellent Béa­trice ! Que cherchent les acteurs (Cheval­li­er sans Las­palès, Antoine Duléry, Robin­son Stévenin…) qui s’engagent dans ce type de pro­jet ? Que veut le réal­isa­teur, en fil­mant ain­si à la va-vite des comé­di­ens non dirigés dans un scé­nario mal troussé ? Mon­tées à la hache, les scènes dévoilent une psy­cholo­gie totale­ment pri­maire. Ce qui étonne, c’est que jamais Mocky ne sem­ble faire de son manque d’argent une source d’inventivité, une réserve d’invention formelle. Alors que, porté par une urgence à tourn­er, il pour­rait aller vers l’élémentaire du geste ciné­matographique, bien au con­traire, il s’efforce de filmer de la manière la plus clas­sique qui soit des sit­u­a­tions toutes plus con­ven­tion­nelles les unes que les autres. Qu’est-ce qui fait tourn­er les cinéastes ? ne peut-on s’empêcher de s’interroger, sans trou­ver de réponse, pen­dant l’intégralité du Renard jaune.