Juste après avoir rompu avec son com­pagnon de longue date, Lydia (Haf­sia Herzi), sage-femme de pro­fes­sion, apprend que sa meilleure amie Salomé (Nina Meurisse) est enceinte. Lorsqu’elle ren­con­tre dans la foulée Milos (Alex­is Manen­ti), chauf­feur de bus, la nuit qu’elle passe avec lui débouche là encore sur une impasse roman­tique. Neuf mois plus tard, alors que Lydia vient de met­tre au monde l’enfant de Salomé, elle recroise Milos dans les couloirs de l’hôpital et décide de faire croire à cet ex-amant pas­sager qu’ils sont les par­ents du nou­veau-né. La scène d’ouverture annonce la couleur : tan­dis que des panoramiques suc­ces­sifs, filmés depuis le siège con­duc­teur d’un bus, bal­aient la chaussée en suiv­ant les allers et venues des pas­sants, la voix off d’Alexis Manen­ti prend immé­di­ate­ment le par­ti de Lydia et témoigne de son empathie envers toutes ces petites gens croisées sans s’en apercevoir, mais dont le quo­ti­di­en ren­ferme pour­tant bien des réc­its. La séquence s’achève sur un dernier panoramique vers Lydia, en train de courir : elle est l’une de ces incon­nues dont l’histoire va nous être désor­mais con­tée. Mais l’immédiate bien­veil­lance portée sur le per­son­nage empiète sur le trou­ble qu’il pour­rait sus­citer. Cer­tains gestes ou mots, tein­tés de per­ver­sion, parais­sent sci­em­ment lis­sés pour que la fig­ure ambiva­lente de la sage-femme ne s’aliène pas les spec­ta­teurs. De la même manière, le revire­ment final de Milos entérine un aplanisse­ment de la dynamique du réc­it. Si bien que Lydia appa­raît moins comme une fig­ure com­plexe que surtout dépassée par les événe­ments : lorsque Milos l’invite à ren­con­tr­er sa famille, la jeune femme ne sait com­ment réa­gir et se laisse pren­dre, comme prise au piège de son men­songe orig­inel. Le dou­ble jeu du per­son­nage s’apparente rapi­de­ment à un ressort scé­nar­is­tique lim­ité : lors de cette scène de repas, il s’agit avant tout de faire mon­ter la ten­sion en rap­pelant régulière­ment que Salomé attend dés­espéré­ment le retour de son enfant, ravi à cet instant par Lydia.

Si le film con­tin­ue jusqu’au bout de vouloir son­der le mys­tère que représente Lydia, il trou­ve ceci dit assez peu pistes pour main­tenir réelle­ment l’ambiguïté, la faute à cette empathie pre­mière qu’il tient à ne pas escamot­er. La voix-off de Milos essaie tant bien que mal de réaf­firmer l’opacité de la jeune femme (« je suis han­té par cette ques­tion », insiste-t-il), tout en per­me­t­tant d’enjamber cer­tains nœuds de scé­nario : les moti­va­tions de Lydia pour tru­quer un test de pater­nité et les sub­terfuges aux­quels elle recourt sont par exem­ple très rapi­de­ment bal­ayés sans être creusés. Cette volon­té d’arrondir les angles se traduit aus­si dans la pho­togra­phie léchée du film (la pluie fait régulière­ment couler la lumière sur les vit­res) et le mon­tage, ponc­tué de quelques effets visant une forme d’élégance (les ouver­tures et fer­me­tures à l’iris) : la mise en scène sem­ble glob­ale­ment, à quelques excep­tions près, moins con­cernée par l’abîme du per­son­nage que par le désir de lui offrir un écrin assez doux. Quant aux quelques scènes plus rugueuses (notam­ment celles avec Salomé), aux éclairages bruts (le gris des cham­bres ou le rouge des néons du bar), elles ne parvi­en­nent pas non plus à sor­tir le film de sa fac­ture trop soignée.