Laerte, un tal­entueux vio­loniste d’une trentaine d’an­nées, échoue lors d’une audi­tion déci­sive à cause d’un trac insur­montable. Pétri de frus­tra­tion et de colère, il doit trou­ver d’autres moyens de sub­sis­ter tout en cachant à sa famille qui a misé sur lui qu’il n’est pas à la hau­teur de ses espérances. C’est alors qu’une de ses amies lui sug­gère d’aller don­ner des cours dans la plus grande favela de São Paulo. Fraîche­ment débar­qué dans cet envi­ron­nement qu’il ne con­naît pas, le jeune homme veut impos­er sa rigueur et son autorité. Bien évidem­ment, la prise de con­tact avec les jeunes défa­vorisés ne se passe comme prévu : insoumis, vio­lents et en prise avec toutes sortes de trafics, ses élèves ne présen­tent pas tout à fait le pro­fil idéal. Cousu de fil blanc, le scé­nario va tir­er prof­it de cette con­fronta­tion explo­sive pour redéfinir les lignes (les favorisés d’un côté, les défa­vorisés de l’autre) et remet­tre en cause les déter­min­ismes : le pro­fesseur inex­péri­men­té gag­n­era en sou­p­lesse et en human­ité tan­dis que les jeunes de fave­las décou­vriront le car­ac­tère majestueux de la musique clas­sique. Autant dire que la sim­plic­ité du pro­gramme, ajouté au fait que les enjeux soci­aux sont abor­dés avec une naïveté con­fon­dante, ne per­met jamais au Joueur de vio­lon d’être beau­coup plus qu’un petit pro­duit cal­i­bré pour les fes­ti­vals, l’ex­port et la télévi­sion. C’est dom­mage pour les acteurs (tous plutôt bons) et le réal­isa­teur qui, en dépit de la lour­deur volon­tariste du pro­gramme, sait faire preuve d’une rel­a­tive sobriété dans sa mise en scène.

Tiré d’une histoire vraie

Basé sur l’œuvre d’An­to­nio Ermirio de Moraes, le scé­nario (écrit à huit mains, tout de même) mise un peu trop sur le car­ac­tère édi­fi­ant de cette his­toire inspirée de faits réels pour être hon­nête. On voit bien com­ment, en amenant les sonates de Bach dans l’en­vi­ron­nement des fave­las, le film cherche par tous les moyens à pro­duire un petit mir­a­cle pro­pre à émou­voir en moins d’1h40 les spec­ta­teurs, tout en s’ab­s­tenant de pos­er un vrai regard sur le con­texte socio-économique du pays. La favela ressem­ble alors à un drôle ter­rain de jeu occupé par quelques jeunes qui vont, tour à tour, être car­ac­térisés à l’aide de deux ou trois scènes-clés. Le déroulé est d’au­tant plus déce­vant que tous les ingré­di­ents sem­blent ici mis au ser­vice d’une réso­lu­tion des enjeux telle­ment prévis­i­ble qu’elle en devient agaçante. Même les quelques obsta­cles que les auteurs parsè­ment (la men­ace des gangs, la mort d’un des jeunes élèves) rap­pel­lent à quel point le pro­jet ne parvient pas à s’af­franchir d’un cahi­er des charges à l’ob­jec­tif com­mer­cial trop vis­i­ble. Comme s’il était embar­rassé par la lour­deur démon­stra­tive du scé­nario qu’on lui a mis entre les mains, le réal­isa­teur con­tourne bien heureuse­ment les effets de style putassiers. À juste dis­tance des per­son­nages, la caméra évite de se mon­tr­er trop insis­tante lorsqu’elle enreg­istre leur désar­roi. Au mon­tage, le film ose même quelques ellipses ou coupes lorsque le déroulé de la scène se fait trop atten­du. Mais il est dom­mage que le pro­jet n’ait pas envis­agé en amont d’autres chemins de tra­verse. Cela nous aurait évité un résul­tat aus­si bal­isé, inca­pable de dif­fuser le charme auquel aurait pu se prêter cette his­toire.