Un chat mar­i­on­nettes s’amuse à faire du ciné­ma dans son gre­nier. Tsu­neo Gôda s’amuse à le filmer.

Un chat mar­i­on­nette qui joue à ani­mer des objets qu’il des­sine, fab­rique et coud, avec appli­ca­tion : la mise en abyme est sans cesse présente dans Le Petit Chat curieux – Komaneko qui, ini­tiale­ment, fut une com­mande passée au cinéaste Tsu­neo Gôda. «À l’origine, Le Petit Chat curieux – Komaneko était un événe­ment visant à présen­ter la tech­nique du stop-motion ou image par image lors d’une expo­si­tion en 2003 au sein du Tokyo Met­ro­pol­i­tan Muse­um», explique le réal­isa­teur. Dans le pas­sage au long métrage, le petit chat gagne en diver­sité, se présen­tant dans dif­férentes tech­niques d’animation. La mise en abyme est tou­jours présente, puisqu’il s’agit pour ce per­son­nage de faire des films. On voit la mar­i­on­nette de chat fab­ri­quer ses per­son­nages, dessin­er les décors, pren­dre soigneuse­ment ses images une par une, puis offrir à la pro­jec­tion le résul­tat de son tra­vail. Si André Bazin par­lait de «la petite robe sans cou­ture de la réal­ité», Gôda prend le par­ti de faire un ciné­ma aux cou­tures appar­entes: Komaneko dévoile les couliss­es du film en train de sa faire, et mon­tre les cou­tures réelles de per­son­nages faits de bric et de broc, qui enlèvent leurs masques ou pren­nent vie de façon inat­ten­due. Ce film évoque le plaisir de faire des films, assim­ilé à un jeu, mais aus­si de la peine, du temps que cela demande : des gouttes de sueur per­lent à plusieurs repris­es sur le front des ani­maux au tra­vail.

La stat­uette en forme d’oscar félin trô­nant sur le buf­fet nous apprend que le père de Koma fait pro­fes­sion de ce que le petit chat prend pour un amuse­ment. Mais alors que l’un est soumis à la panne d’inspiration, l’autre foi­sonne d’idées. Le petit chat s’illustre dans tous les gen­res, du fan­tas­tique lorsqu’il filme un fan­tôme, au doc­u­men­taire ani­malier, lorsqu’il par­court une cam­pagne en deux dimen­sions, pour y tra­quer des images de gros chat ou de poussins. Son appareil de prise de vue se fait même caméra de sur­veil­lance guet­tant un mon­stre effrayant à l’orée du bois. Tan­tôt nous voyons le résul­tat de ce qu’a filmé le chat, tan­tôt nous n’en voyons que le tour­nage. Ain­si, con­sti­tué en dif­férentes his­toires indépen­dantes, le film con­serve pour­tant une unité de thème très forte. L’emboîtement des mar­i­on­nettes obser­vant leurs doudous et observées par le cinéaste con­stitue le principe per­ma­nent, au point qu’on ne sait qui, des deux, tire les ficelles.

Il faut aller voir Komaneko, parce qu’il est rare de voir des mou­ve­ments si bien ani­més, une lumière du soir si tra­vail­lée. Il faut y emmen­er les enfants que l’on con­naît, parce que l’enthousiasme de Tsu­neo Gôda est absol­u­ment com­mu­ni­catif, lui qui prend le ciné­ma pour un joyeux brico­lage.