Chas­sés de Lon­dres par les bom­barde­ments de la Sec­onde Guerre mon­di­ale, qua­tre enfants d’une même famille vont décou­vrir chez leur hôte à la cam­pagne un monde mag­ique dont ils doivent chang­er le des­tin. Adap­té d’un clas­sique de la lit­téra­ture enfan­tine, écrit par un ami de Tolkien, par le réal­isa­teur des Shrek, le film fait illu­sion un temps, avant de retrou­ver les défauts des con­tes de fées asep­tisés made in Dis­ney.

Lon­dres, la Sec­onde Guerre mon­di­ale: le con­flit fait rage en Europe et la cap­i­tale anglaise est sous les bombes. Les qua­tre enfants de la famille Peven­sie, pressés par leur mère, rejoignent une retraite cam­pag­narde, pro­priété d’une gou­ver­nante acar­iâtre et d’un mys­térieux pro­fesseur. Au hasard d’un jeu, les enfants décou­vrent, avec plus ou moins d’in­cré­dulité, le monde de Nar­nia, endroit mag­ique acces­si­ble depuis une “armoire mag­ique”. Une prophétie dit qu’ils sont ceux qui vont vain­cre la reine-sor­cière tyran­nique qui règne sur le pays et le main­tient sous l’emprise d’un éter­nel hiv­er. Ils devront pour cela: 1) rejoin­dre le lion, héros de la résis­tance, 2) appren­dre à se servir des objets mag­iques qui leur ont été oppor­tuné­ment offerts et 3) évidem­ment, se sou­venir que les valeurs à redé­cou­vrir sont celles de l’en­traide et de la famille.

Créée par l’a­mi de Tolkien, C.S. Lewis, la saga de Nar­nia com­prend de nom­breux livres: ce film est l’adap­ta­tion du pre­mier. Venant après des myr­i­ades de créa­tion de con­tes de fées ciné­matographiques, le scé­nario n’ap­porte rien de neuf, sinon les effets numériques, qui peu­vent aujour­d’hui don­ner aux cinéastes toute lat­i­tude pour laiss­er libre court aux délires visuels les plus étour­dis­sants. Hélas, ce n’est ni du point de vue de la mise en scène ni de celui des effets que le film peut pré­ten­dre briller. Andrew Adam­son sem­ble ici avoir été intimidé par les pris­es de vues réelles et aban­donne la frénésie humoris­tique de ses Shrek pour un con­te léché et sans âme. Comme le plus sou­vent, c’est l’in­fan­til­i­sa­tion à out­rance du con­te qui pêche ici : on ne doit mon­tr­er ni sang, ni vio­lence, et désamorcer tout ce qui pour­rait ne pas attir­er les familles en ces fins d’an­née. Mal­gré tout ses défauts, Les Frères Grimm de Gilliam respec­tait au moins le con­te en cela que la peur, comme la grandil­o­quence visuelle styl­isée, étaient très présentes, sans y être osten­ta­toires. Nar­nia suit ce chemin, pen­dant quelques temps, et l’on peut y croire au mir­a­cle, au con­te ryth­mé, vivant, enlevé, prenant… Mais hélas, le rythme se perd bien vite, et le film ne devient rapi­de­ment rien de plus qu’une démon­stra­tion pour jou­ets de luxe et armures en plas­tique à acheter au stand good­ies de Dis­ney­land.

La ten­dance se con­firme de plus en plus: depuis que les ordi­na­teurs ont don­né un pou­voir qua­si illim­ité aux réal­isa­teurs d’un point de vue visuel, l’au­dace se perd et la mise en scène pâtit sérieuse­ment de ces facil­ités. Les antiques L’His­toire sans fin, Dark Crys­tal ou Lady­hawke, pour ne citer que cer­tains des plus fan­tas­magoriques, tiraient une par­tie de leur sub­stance féerique du fait qu’il n’é­tait guère pos­si­ble de tout mon­tr­er, et qu’il fal­lait ruser avec le regard du spec­ta­teur et la mise en scène pour que la magie opère. Aujour­d’hui, que ce soit la saga des Har­ry Pot­ter ou ce Nar­nia, le choix ne se fait plus: on peut, donc on doit tout mon­tr­er. Dans ce dernier film plus que dans tous les autres, cette grossièreté devient fla­grante: les jeunes acteurs, déplorables la plu­part du temps, ont été filmés sur un écran bleu et incrustés à l’im­age, le plus sou­vent d’une façon qui rend leur jeu encore moins crédi­ble et l’âme de leurs per­son­nages, diaphane. L’é­mo­tion est absente, et la seule chose à voir est donc celle sur laque­lle le plus de tra­vail a été effec­tué: les effets. Nar­nia: plein les yeux, rien entre les oreilles.

Parangon d’un ciné­ma pop-corn et bûche de Noël, Nar­nia est le par­fait diver­tisse­ment creux de fin d’an­née, d’au­tant plus qu’il est ponc­tué d’une bande-son toni­tru­ante des­tinée à soulign­er de façon lourde tous les moments d’é­mo­tion. Film se voulant féerique et épique, Nar­nia fait regret­ter L’His­toire sans fin et Le Seigneur des anneaux, mais sera sans doute con­ven­able pour quiconque veut sat­ur­er d’im­ages sur­chargées l’e­sprit des plus jeunes. Le film fera un remar­quable pro­gramme de Noël, l’an­née prochaine à la télé, mais le petit écran lui aura fait per­dre son dernier attrait.