Suf­fit-il d’effets spé­ci­aux numériques ruti­lants et d’une per­ruque incroy­able sur la tête de Dustin Hoff­man pour faire un con­te à la Roald Dahl dans l’univers des jou­ets ? La réponse est, évidem­ment, non. Plein de bonnes idées nar­ra­tives, le scé­nar­iste de L’Incroyable Des­tin d’Harold Crick passe der­rière la caméra, mais n’outrepasse pas les déce­vantes lim­ites de son univers, déjà posées dans ce précé­dent film.

Les jou­ets au ciné­ma se parta­gent en deux fac­tions : il y a les gen­tils, les féeriques, les mignons ; et les méchants, dont le ciné­ma fan­tas­tique fait ses choux gras (Dolls de Stu­art Gor­don, la saga de Chucky, les déli­rants Pup­pet Mas­ter ou le mau­vais Dead Silence). Dans Le Mer­veilleux Mag­a­sin de Mr Mago­ri­um, point de poupée tueuse, ou de jou­et malveil­lant : c’est évidem­ment à la pre­mière caté­gorie que nous avons affaire. Et c’est bien dom­mage, car les méchants films préc­ités fai­saient mon­tre d’une créa­tiv­ité, d’une inven­tiv­ité qui fait sou­vent défaut aux pro­duc­tions plus sages. Seule et icon­o­claste excep­tion, l’étrange et impar­fait Toys de Bar­ry Levin­son s’autorisait une mise en scène et un scé­nario foi­son­nants et chao­tiques – qui font de ce film, notam­ment, la meilleure com­po­si­tion de Robin Williams.

Mais foin de cela dans ce Mer­veilleux Mag­a­sin. Mol­ly Mahoney est une jolie jeune fille un peu soli­taire et dévorée par la musique. Elle souf­fre, en effet, d’un syn­drome de la dernière mesure blanche, et ne parvient pas à ter­min­er l’œuvre de sa vie. En par­al­lèle, elle tra­vaille dans le mag­a­sin du fameux Mr Mago­ri­um, pro­prié­taire atyp­ique d’un mag­a­sin mag­ique et qui donc ne l’est pas moins. Lorsque l’excentrique pro­prié­taire annonce son désir de “par­tir”, la jeune fille reste désem­parée.

Les enfants adorent les jou­ets, les adultes non, sauf quand il s’agit de Dustin Hoff­man avec une coupe à faire pâlir Christo­pher Lloyd dans Retour vers le futur, ou de Natal­ie Port­man qui tente avec appli­ca­tion d’afficher le sourire le plus niais du monde. Afin de nous prou­ver cette maxime, Le Mer­veilleux Mag­a­sin… passe sa pre­mière demi-heure à nous mon­tr­er des enfants faisant mine de jouer avec de vis­i­bles effets spé­ci­aux numériques, et un adulte per­du au milieu de tout cela, qui pour soulign­er le con­traste se trou­ve être, ô hor­reur !, un compt­able. Man­i­feste­ment désireux de retrou­ver un sen­ti­ment de mer­veilleux à la Roald Dahl, Zach Helm pille allé­gre­ment Char­lie et la choco­la­terie et tout l’œuvre de l’auteur anglais, sans mesure aucune, et sans pour autant par­venir à saisir la folle finesse de son univers si par­ti­c­uli­er. Helm sem­ble vouloir aller au plus évi­dent : un beau jou­et c’est un jou­et clin­quant, un bon effet spé­cial c’est un effet qui se voit, un bon per­son­nage c’est un per­son­nage sans zone d’ombre, qu’on com­prend facile­ment. Rien que de très inof­fen­sif donc, dans ce choupinet Mer­veilleux Mag­a­sin, mais rien de vivant.

Le monde de Zach Helm a quelque chose d’attachant. Son Harold Crick était plus que promet­teur, mais finale­ment se can­ton­nait à une inter­pré­ta­tion très pre­mier degré de sa folle his­toire (qui voy­ait un homme s’apercevoir qu’il était le per­son­nage prin­ci­pal d’un livre, sans que l’auteur du livre le sache – et que l’auteur en ques­tion avait l’intention de le faire mourir). Le Mer­veilleux Mag­a­sin… obéit sem­ble t‑il aux mêmes règles : Helm a une belle imag­i­na­tion, et tente à tous prix de faire s’interpénétrer univers livresque et ciné­matographique, mais échoue lorsqu’il s’agit de créer réelle­ment un univers à la (dé)mesure de ses ambi­tions. Harold Crick n’était rien de plus qu’une comédie vague­ment roman­tique, Le Mer­veilleux Mag­a­sin de Mr Mago­ri­um n’est rien de plus qu’un con­te inof­fen­sif, un brin sur­joué, un rien benêt. Ne dés­espérons pour­tant pas du scé­nar­iste réal­isa­teur : il se pour­rait qu’il apporte un sang neuf au genre déjà gal­vaudé du mer­veilleux hol­ly­woo­d­i­en post-Har­ry Pot­ter.