Le Lièvre de Vata­nen est pour beau­coup un roman d’en­fance qui, à la manière de La Fameuse Inva­sion de la Sicile par les ours de Dino Buz­za­ti, révèle des tré­sors philo­soph­ico-poli­tiques lors d’une relec­ture adulte. Marc Riv­ière, réal­isa­teur de télévi­sion peu habitué au ciné­ma, n’en a gardé que l’e­sprit enfan­tin. Dom­mage, et pour­tant…

Christophe Lam­bert, c’est un cas. Loin d’être mau­vais acteur, il pos­sède pour­tant dans sa fil­mo­gra­phie quelques films d’une rare nul­lité (High­lander 2 – 3 – 4, Verc­ingé­torix, Mor­tal Kom­bat, Nir­vana, Fortress, ou l’im­mor­tel Beowulf). Que penser, alors, du choix de lui con­fi­er le rôle de Vata­nen, jour­nal­iste cynique et dés­abusé qui choisit de tourn­er le dos à la société tout entière, et de ne vivre que pour un lièvre ramassé sur le bord de la route ? Comme pour Greystoke, Janis & John ou (pourquoi pas ?) Sub­way, force est de con­stater que Lam­bert est l’homme de cer­tains rôles, et que nul ne peut, à la vision du Lièvre de Vata­nen, pré­ten­dre que cet acteur n’est pas né pour porter un lièvre sur sa poitrine, façon sautoir, une heure et demie durant. Il balade sa can­deur d’ado­les­cent attardé dans les neiges de la Belle Province, avec une belle con­vic­tion à tel point qu’il en devient réelle­ment attachant.

Là où le bât blesse, c’est que Marc Riv­ière, le réal­isa­teur et rédac­teur du scé­nario, a ori­en­té l’adap­ta­tion du livre cynique et onirique de Paasilin­na vers la comédie famil­iale de Noël. Les grands moments de bravoure du film répon­dent à l’ap­pel (l’at­taque de l’ours, le piège à cor­beau, l’in­cendie de forêt…), mais ils sont hélas vidés de leur sens et très mièvres. Par une mise en scène plate et un découpage par moment hon­teuse­ment mis­éra­biliste, il désamorce le poten­tiel de son scé­nario, pour livr­er une série B famil­iale qui évoque un télé­film façon Lassie ou Nat­tie Gann, sur grand écran et avec un cast­ing de luxe.

C’est ce cast­ing qui sauve la mise au Lièvre de Vata­nen : Goran Bre­gov­ic livre une com­po­si­tion con­v­enue mais tou­jours agréable (à la dif­férence de Bén­abar, au générique, pass­able­ment indi­gent), les sec­onds rôles (Julie Gayet et surtout François Morel, cabotin en dia­ble dans le rôle du prêtre), Lam­bert lui-même, et surtout la grande vedette, le lièvre – qui n’a cepen­dant pas son entrée au générique. Tous font du film une attachante petite his­toire de Noël, juste sur le dessus du panier.

Le film, évidem­ment, est bien loin d’être ciné­matographique­ment per­ti­nent et abouti. Il n’i­ra pas grossir les rangs des mon­u­ments du 7ème art. Cela étant, il est agréable, entre un Arthur et les Min­i­moys ou un Eragon, qui nous pren­nent pour des idiots, de voir un film qui s’at­tache sim­ple­ment à nous pren­dre pour des gamins.