Presque dix ans après La Crème de la crème, Le Jeune Imam sem­ble faire lui aus­si le por­trait d’une généra­tion façon­née par le com­merce et pour qui tout, de l’amour (dans le précé­dent film) à la reli­gion ici, n’est qu’un pré­texte pour s’enrichir. Enfant dif­fi­cile, le jeune Ali (Abdu­lah Sis­soko) subit le mépris de sa mère qui l’envoie au Mali pour le remet­tre dans le droit chemin ; une fois adulte, il revient en France et se lance, faute de suc­cès dans ses autres ten­ta­tives entre­pre­neuri­ales, dans une car­rière d’imam. Plutôt que de son­der les moti­va­tions floues de ce per­son­nage, Kim Chap­iron se laisse vite bercer par la super­fi­cial­ité de son réc­it. Dom­mage car, sur le papi­er, le vis­age opaque d’Abdulah Sis­soko et sa voix qui ne trahit aucune inflex­ion sus­ci­tent une cer­taine curiosité. Mais la surenchère de gros plans n’est pas là pour son­der ce vis­age ambigu : elle ne fait que surlign­er ses émo­tions. Dans les dernières scènes, Chap­iron déballe tous les effets qu’il peut – ralen­tis, flûtes lanci­nantes, cris d’effroi – pour fig­ur­er avec emphase la souf­france de ses per­son­nages. Le plan final sur le vis­age d’Ali, recadré pour que l’on dis­cerne bien la larme qui coule de ses yeux, est emblé­ma­tique de la manière dont le film assène cha­cune de ses idées.

Défi­lent sous la caméra des arché­types éculés : le meilleur ami de cité rigo­lo, la sœur bien­veil­lante, le vieil imam sage et le méchant colérique. Les per­son­nages sont d’autant moins intéres­sants que deux heures durant, Chap­iron (assisté par Ladj Ly au scé­nario) alour­dit les dia­logues d’explications rébar­ba­tives, qui vien­nent liss­er les aspérités d’Ali. En témoigne la scène de dis­pute entre sa sœur et sa mère, qui vient met­tre en exer­gue un secret que le spec­ta­teur a saisi depuis un moment : si le jeune homme orgueilleux brille par son sens du sen­sa­tion­nel, c’est qu’il veut combler le manque affec­tif causé par une mère dis­tante. Loin de la fable morale et poli­tique promise, Le Jeune Imam frappe décidé­ment plus par sa balour­dise que par sa com­plex­ité.