Le Cheval de Saint-Nico­las est l’his­toire de l’in­té­gra­tion d’une petite fille, Winky, dans une cul­ture à l’op­posé de la sienne : chi­noise, Winky va devoir vivre en Hol­lande, et s’in­té­gr­er du mieux qu’elle peut en restant fière de sa cul­ture, qu’elle pour­ra ensuite partager avec les habi­tants de sa nou­velle vie. En met­tant en scène une jeune actrice têtue et attachante, Mis­cha Kamp con­te une jolie his­toire de Noël et sans pré­ten­tion.

Winky, petite fille chi­noise maligne et facétieuse, débar­que en Hol­lande avec sa mère pour y rejoin­dre son père, qui tient un restau­rant dans une petite ville près de la mer. Ici, tout est dif­férent de la Chine : le cli­mat, la langue, les gens, la nour­ri­t­ure… Mais Winky est bien décidée à s’in­té­gr­er du mieux qu’elle peut, et même mieux que ses par­ents. Débor­dante d’imag­i­na­tion, elle s’ac­croche à un nou­veau per­son­nage, totale­ment incon­nu dans son pays d’o­rig­ine : Saint-Nico­las. Pas­sion­née par les chevaux, Winky se prend d’ami­tié pour la jument de ses voisins, amie de sub­sti­tu­tion pour se con­sol­er des moqueries de ses cama­rades. Winky entre­prend de deman­der en cadeau à Saint-Nico­las, rien de moins qu’un cheval.

À tra­vers l’im­age de Saint-Nico­las, c’est toute l’in­té­gra­tion de la petite Chi­noise qui est facil­itée ; l’ap­pren­tis­sage de la langue et des chan­sons de Noël, l’as­sim­i­la­tion d’une cul­ture par les rit­uels sym­bol­iques autour d’un per­son­nage qui cristallise les espoirs enfan­tins, le rap­proche­ment avec les enfants du pays d’adop­tion.

Si le film se présente claire­ment comme un con­te pour enfants, util­isant tous les procédés nar­rat­ifs reliés au genre (obsta­cles à franchir, incom­préhen­sion des proches, per­son­nage clé de l’a­mi qui va aider à dépass­er ces bar­rières, dénoue­ment heureux…), il évite la mièvrerie qui pour­rait y être asso­ciée. En pre­mier lieu par le per­son­nage de Winky, forte tête, déter­minée et aven­tureuse mal­gré son jeune âge. D’autre part, le point de vue choisi (celui de Winky), évite à la réal­isatrice de plac­er les adultes dans des rôles pré­textes : le spec­ta­teur ne les voit pas comme des fig­ures (le moral­iste, le sévère, le com­préhen­sif…), mais avance pas à pas dans l’his­toire en se fon­dant dans l’e­sprit et les sen­ti­ments de la jeune héroïne. Pou­voir s’i­den­ti­fi­er à elle, même en tant qu’adulte revivant une part de son enfance, per­met de plonger dans le con­te en se lais­sant aller au rang de spec­ta­teur naïf tour­nant les pages d’un livre col­oré et atten­dris­sant.

Pleine de ten­dresse pour Winky, la réal­isatrice lui offre un décor qui sied à son envie d’in­té­gra­tion, un cocon dans lequel elle pour­ra grandir en por­tant ses deux cul­tures : une petite ville entourée de la cam­pagne et de la mer, des voisins ouverts et atten­tifs, cer­tains appor­tant un humour déli­cieux au film, des lumières féeriques de cré­pus­cule et de Noël. Bref, on ne boud­era pas notre plaisir devant l’his­toire de Winky, qui n’a pas la pré­ten­tion d’être autre chose qu’une belle page dans la vie d’une adorable gamine.