Dans Le Cal­en­dri­er, nou­velle réal­i­sa­tion de Patrick Ridremont (Dead Man Talk­ing), l’horreur est un par­avent, le miel cen­sé faire pass­er la pilule d’une allé­gorie sur la libéra­tion indi­vidu­elle à l’heure de MeToo. Soit la ren­con­tre for­tu­ite entre Eva, une nageuse tétraplégique (Eugénie Der­ouand), et Ich, un boogey­man à ban­delettes piégé à l’intérieur d’un cal­en­dri­er de l’avent aux allures de mai­son de poupée. Le huis-clos anx­iogène annon­cé au départ, lorsque le mon­stre réveille chaque nuit l’héroïne trau­ma­tisée par un acci­dent de voiture, laisse vite place à une rela­tion d’emprise ambiguë : dou­ble­ment opprimée, comme hand­i­capée et comme femme dans une ville où les hommes oscil­lent entre machos et vio­leurs, Eva trou­ve dans l’esprit frappeur un allié pour ren­vers­er la chape pesante du patri­ar­cat. L’ambivalence déplaisante du réc­it tient alors à ce que la pasion­ar­ia ven­ger­esse récupère la maîtrise de son corps (elle parvient à nou­veau à marcher au mitan du film) au prix d’une alié­na­tion sym­bol­ique, Ich prenant peu à peu pos­ses­sion de la jeune femme en la pous­sant à manger de petits choco­lats aux ver­tus psy­chotropes. Man­i­feste­ment inspiré par les pro­duc­tions Blum­house, Le Cal­en­dri­er en recon­duit aus­si la forme inof­fen­sive, sim­ple com­pi­la­tion d’idées visuelles tout juste amor­cées, sans jamais qu’elles ne con­stituent la matrice d’une véri­ta­ble mise en scène. Ridremont s’en tient ain­si à met­tre en par­al­lèle les dif­férents meurtres avec les sup­plices infligés aux petites fig­urines sor­ties du cal­en­dri­er – telle la mort d’un agresseur, broyé par sa camion­nette tan­dis qu’un chien dévore une voiture minia­ture. Le ridicule de la scène, souligné par les cris d’un acteur peu con­cerné et les trem­ble­ments de la caméra cen­sés fig­ur­er les mou­ve­ments du molosse, ouvre néan­moins une brèche comique inat­ten­due et involon­taire­ment réjouis­sante. Sorte de crossover entre film d’Halloween fran­chouil­lard et con­te de Noël dark, Le Cal­en­dri­er provoque de cette façon autant de gêne que de franche hilar­ité, sans jamais se dépar­tir d’un pre­mier degré ahuris­sant – comme un authen­tique nanar.