Avi­gnon est un décor de ciné­ma splen­dide, et le fes­ti­val de théâtre qui par­ticipe à sa renom­mée est un cadre idéal pour y situer l’ac­tion d’un film choral, un genre fourre-tout qui ne donne en général rien de très bon mais que cer­tains cinéastes ont su tran­scen­der (Robert Alt­man et Woody Allen pour ne citer qu’eux, et c’est déjà beau­coup). Diastème, jour­nal­iste (il a notam­ment tra­vail­lé pour Pre­mière), auteur de romans et de pièces de théâtre – dont cer­taines ont d’ailleurs été jouées en Avi­gnon – a choisi d’y situer l’ac­tion de son pre­mier film, Le Bruit des gens autour (joli titre), et de mon­tr­er les déboires pro­fes­sion­nels et sen­ti­men­taux de quelques artistes, tech­ni­ciens, assis­tants et spec­ta­teurs qui vivent, pen­dant un mois, au rythme de l’un des plus grands fes­ti­vals au monde.

Le piège prin­ci­pal du film à mul­ti­ples per­son­nages, c’est le risque pour le réal­isa­teur de s’é­parpiller, de vouloir brass­er de nom­breux sujets pour, finale­ment, ne rien dire du tout. Avec son co-scé­nar­iste Christophe Hon­oré, qu’on a con­nu plus inspiré, Diastème s’at­tache à démon­tr­er com­ment l’art et la vie, le pro­fes­sion­nel et le per­son­nel s’im­briquent totale­ment pour ne plus faire qu’un. Un duo de jeunes chanteuses-comé­di­ennes rame pour rameuter les spec­ta­teurs à son show : l’une, lumineuse et opti­miste, éclipse presque l’autre, dépres­sive et sui­cidaire. Un tech­ni­cien mal­adroit et attachant (Olivi­er Mar­chal) va inévitable­ment tomber amoureux de la pre­mière, pen­dant que la sec­onde som­bre dans le sou­venir d’un liai­son passée. Par­al­lèle­ment, deux jeunes comé­di­ens (Emma de Caunes et Frédéric Andrau) se déchirent en atten­dant l’ar­rivée de l’au­teur de la pièce à suc­cès qu’ils jouent. L’écrivain en ques­tion (Bruno Tode­s­chi­ni) tente de se remet­tre de la mort de sa femme, notam­ment dans les bras d’une spec­ta­trice étrange (Linh-Dan Pham). Enfin, une danseuse célèbre et capricieuse (Léa Druck­er) répète son spec­ta­cle dans la Cour d’hon­neur du Palais des Papes en mar­tyrisant son assis­tant et amant (Olivi­er Py).

Cela fait beau­coup pour un seul film et mal­gré des ambi­tions évi­dentes, Diastème ne résiste pas longtemps aux pon­cifs inhérents au genre, d’au­tant que cer­tains par­tis pris de mise en scène s’ac­com­mod­ent fort mal du sous-texte réal­iste sur les affres de la créa­tion et la pré­car­ité des inter­mit­tents du spec­ta­cle. Diastème amé­nage quelques moments oniriques (l’in­tro du film, où tous les per­son­nages sont reliés par l’eau, le chant d’O­livi­er Py ou la scène finale, volon­taire­ment ouverte) plutôt réus­sis, ain­si que quelques cap­ta­tions de spec­ta­cle réelle­ment gra­cieuses – par­ti­c­ulière­ment les scènes de danse où Léa Druck­er inter­prète des choré­gra­phies de Sidi Lar­bi Cherkaoui. Hélas, ces instants ne suff­isent pas à effac­er des dia­logues sou­vent car­i­cat­u­raux (du genre : «je souf­fre, tu souf­fres, souf­frons ensem­ble, le théâtre c’est la vie et la vie est un théâtre») et des comé­di­ens qui sem­blent ne pas jouer dans le même film. Si Bruno Tode­s­chi­ni, Léa Druck­er ou Olivi­er Mar­chal s’en sor­tent très hon­or­able­ment, on ne peut pas en dire autant de Jeanne Rosa et Frédéric Andrau, comé­di­ens habitués des planch­es dont le jeu très théâ­tral passe très mal sur grand écran, ou la car­ré­ment insup­port­able Linh-Dan Pham, qui cabo­tine affreuse­ment dans un rôle déjà pass­able­ment irri­tant. Le film sort à une date oppor­tune, gageons qu’il fera l’essen­tiel de ses entrées… en Avi­gnon.