Suite à la mort de son père, Hele­na vient pass­er quelques jours dans la mai­son bour­geoise où sa mère tra­vaille comme gou­ver­nante, le temps de la veil­lée. Il se trou­ve qu’Helena était autre­fois Felipe, et que ce change­ment de sexe n’est pas du goût de sa mère très croy­ante, qui va pour­tant devoir peu à peu l’accepter telle qu’elle est. Voilà pour le fil directeur, plein de poten­tiel. C’est sans compter le sur­place ahuris­sant de ce huis-clos qui, après une expo­si­tion nous présen­tant les per­son­nages et l’enjeu prin­ci­pal, va se con­tenter d’aligner des scènes dont le but se lim­ite à faire sen­tir à quel point l’ambiance de cette mai­son est étrange. Pre­mier long métrage de Mauri­cio López Fer­nán­dez, La Visi­ta est en fait por­teur de tous les tra­vers de l’exercice de trans­for­ma­tion d’un court-métrage en long.

Toute la panoplie du film d’horreur est con­vo­quée. Nous obser­vons des per­son­nages dans leur lit à tra­vers la fenêtre de leur cham­bre, nous enten­dons des his­toires de nonnes sans tête racon­tées par la jeune et mys­térieuse nou­velle gou­ver­nante, et nous suiv­ons le petit garçon de la famille, le regard ter­ri­fié, s’avancer silen­cieuse­ment vers des portes que l’on croirait être celles de l’hôtel Over­look de Shin­ing. Mais out­re la mau­vaise imi­ta­tion de scènes célèbres, la seule et vraie ques­tion revient à se deman­der la rai­son de ces références aux films d’épouvante. Car La Visi­ta n’en est pas un. Cette ten­sion totale­ment arti­fi­cielle s’abat donc sur le moin­dre geste, le moin­dre objet, de la table de jardin au pom­meau de douche, nous détour­nant con­stam­ment de ce que le film est cen­sé racon­ter, sans aboutir sur quoi que ce soit. Une telle décon­nex­ion de la forme et du fond pour­rait être voulue, mais à bien regarder, elle ne con­stitue qu’une diver­sion, dont le prin­ci­pal but est de gag­n­er du temps.

The happening

On peut peut-être alors imag­in­er que la volon­té ini­tiale était de recon­stituer une sorte de quo­ti­di­en famil­ial de manière à nous le ren­dre ter­ri­fi­ant. Il faut dire que les per­son­nages ont tous des com­porte­ments plutôt inquié­tants. Entre celui, mutique, à qui on inter­dit de manger du poulet, et celle qui par­le toute seule dans son lit, on sent bien que de nom­breux mys­tères se tapis­sent dans les recoins de la mai­son. Mais nous n’en pren­drons jamais con­nais­sance, ni même de l’histoire passée de ces per­son­nages d’ailleurs. Ils nous res­teront aus­si étranges qu’étrangers du début à la fin, accu­mu­lant les atti­tudes sus­pectes sans que nous ne sai­sis­sions l’enjeu ni de leurs déplace­ment robo­t­iques, ni de leurs longs silences appuyés tan­dis qu’ils regar­dent le vide, immo­biles. Ne restent ain­si que les moments rac­cordés à l’intrigue prin­ci­pale autour de la rela­tion entre Hele­na et sa mère, pro­gres­sant lente­ment vers la réso­lu­tion atten­due le long de dia­logues sur-écrits, sans que rien ne vienne jamais détourn­er son cours. Peut-être y avait-il une très loin­taine inspi­ra­tion des films de M. Night Shya­malan (dont le dernier film The Vis­it, est, coïn­ci­dence, un homonyme), mais en oubliant au pas­sage ses fameux cli­max résolvant simul­tané­ment l’intrigue hor­ri­fique et les enjeux famil­i­aux qui la sous-tendaient – ce qui a pour con­séquence d’ôter à La Visi­ta sa clé de voûte, et donc tout son intérêt.