Dix ans après ses débuts devant la caméra, l’ac­teur Lucien Jean-Bap­tiste passe der­rière elle pour un pro­jet éton­nant : une comédie entre pro­pos social et poilade potache. Prob­lème : entre les références au Splen­did oblig­ées vu le thème et le sim­plisme affligeant de l’écri­t­ure, les ambi­tions socio-artis­tiques du pro­jet tour­nent court, pour ne don­ner finale­ment qu’une petite comédie de sec­onde zone, sans même quelques éclats de rire.

Faire rire avec des clichés raci­aux, ça n’est pas don­né à tout le monde. Cela peut être élé­gant, drôle et enlevé – pour Woody Allen. Cela peut être hon­teuse­ment four­voyé, et hon­teux tout court, comme dans l’épou­vantable Agathe Cléry. Lucien Jean-Bap­tiste ne se situe ni au niveau de l’un, ni, heureuse­ment, à celui de l’autre. Il n’est pas même à mi-chemin, mais sur le côté, dans la triste caté­gorie des comédies creuses.

Le réal­isa­teur-scé­nar­iste tente sa chance sur le thème des Antil­lais. Après s’être fait une liste des lieux com­muns attachés à ceux-ci, Lucien Jean-Bap­tiste s’est donc lancé dans une petite entre­prise de «coeni­sa­tion» du pro­pos : faire rire de ces lieux com­muns, en mon­trant leur absur­dité, et leurs éventuels fonds de vérité, pour les désamorcer, au moyen notam­ment d’une pléi­ade de rôles pit­toresques dans des sit­u­a­tions qui ne le sont pas moins.

Est-ce par timid­ité ? Lucien Jean-Bap­tiste se refuse à ten­ter l’originalité : le meilleur ami de son per­son­nage prin­ci­pal (qu’il inter­prète) est une vari­a­tion sur le Jesus de John Tur­tur­ro avec une voiture « tunée » en guise de boule de bowl­ing ; sa fille trou­ve l’épanouissement dans une scène presque copiée plan par plan sur le final de Lit­tle Miss Sun­shine ; les voisins col­let mon­té et racistes par défaut (nor­mal, ils sont mon­tag­nards), le fils noir qui ren­con­tre une jeune fille blanche avec des amis racistes mais qui ne l’est pas, sor­tent de sit­u­a­tions mille fois vues…

Seule, Firmine Richard cabo­tine suff­isam­ment dans le rôle de la mère qui a reni­flé et refuse l’arnaque de son fils (il l’invite au ski pour pal­li­er l’absence imprévue de sa femme – et donc pour s’occuper des tâch­es domes­tiques) pour don­ner un peu de vie à cette comédie pleine de bonnes inten­tions, mais dénuée, non pas de tal­ent, mais de res­pi­ra­tion, d’ironie – de ce qui eût fait de cette Pre­mière Étoile une vraie bonne sur­prise.