Pauli, jeune flûtiste pro­fes­sion­nel, ren­tre chez ses par­ents après avoir ten­té de met­tre fin à ses jours. Le soir de son retour, il aperçoit une jeune femme qui déam­bule dans son quarti­er : casque sur les oreilles et micro à la main, elle enreg­istre les sons envi­ron­nants en frap­pant avec un mail­let sur des canal­i­sa­tions, avant que ces per­cus­sions impro­visées déclenchent par inad­ver­tance l’alarme d’une auto­mo­bile. Le sur­saut provo­qué par ce soudain vacarme entend fig­ur­er l’énergie avec laque­lle cette anci­enne cama­rade de classe va sor­tir Pauli de sa tor­peur : c’est en assis­tant plus tard dans le film à l’un de ses con­certs qu’il décou­vri­ra la dynamique sal­va­trice de la musique expéri­men­tale et se libér­era peu à peu des bar­rières arti­fi­cielles que l’enseignement clas­sique avait érigées en lui.

La logique du con­tre­point, filée tout au long de ce réc­it d’apprentissage, manque mal­heureuse­ment de finesse. Les séquences musi­cales, qui mêlent des usten­siles incon­grus (les per­son­nages jouent avec des ver­res d’eau et de l’élec­tromé­nag­er) aux tra­di­tion­nelles bass­es et gui­tares élec­triques, demeurent assez con­ven­tion­nelles ; un comble pour une musique qui, selon les per­son­nages eux-mêmes, doit être « suprana­turelle ». En opposant le clas­sique à l’ex­péri­men­tal, le film fait par ailleurs l’impasse sur les ponts féconds entre ces deux styles. Cette dichotomie trou­ve son acmé lorsque le flûtiste s’a­vance dans l’enceinte mon­u­men­tale de son con­ser­va­toire. La froideur du lieu, com­binée à la con­de­scen­dance de ses col­lègues, pousse à nou­veau Pauli dans les bras de la musique expéri­men­tale : filmée en gros plan, la dernière per­for­mance noc­turne est quant à elle réchauf­fée par les flammes d’un brasi­er. Le son de sa flûte (dont le film nous pri­vait l’é­coute depuis le début) reten­tit alors pour la pre­mière fois, comme une ultime métaphore surlignée de la renais­sance du per­son­nage.