Élève aux Arts déco­rat­ifs puis au Stu­dio nation­al des Arts Con­tem­po­rains, Roland Edzard se fait remar­quer à Cannes en 2004 pour son court-métrage La Plaine (primé par la Ciné­fon­da­tion) dont il reprend aujourd’hui la trame nar­ra­tive pour son pre­mier long La Fin du silence. Film d’ambiance, impres­sion­niste et cru à la fois, La Fin du silence joue à fond l’immersion sen­sorielle du pub­lic mais oublie au pas­sage ses per­son­nages, trop mono­lithiques pour qu’on s’y intéresse.

Un matin, dans une mai­son isolée en lisière d’une forêt vos­gi­en­ne éclate une dis­pute vio­lente. Jean (Franck Falise) s’écharpe avec son frère aîné jusqu’à ce que son père le jette dehors. Rongé par la vio­lence, il erre jusqu’à retrou­ver une bande de chas­seurs dans un tro­quet du vil­lage. Coupable idéal lorsque la nuit même la voiture famil­iale est incendiée, Jean s’enferme un peu plus dans le mutisme, s’arme d’un fusil et retourne chez lui.

Pas véri­ta­ble­ment un film de vengeance (même si ce sen­ti­ment tra­verse le per­son­nage de part en part), La Fin du silence s’affranchit très vite d’une linéar­ité nar­ra­tive pour s’ancrer dans les impul­sions du héros. Dès l’affrontement physique des deux frères, le ton est don­né. Char­nel, émo­tion­nel, le métrage tente de suiv­re le chem­ine­ment d’un ado­les­cent en rup­ture avec ses par­ents, et plus large­ment avec le genre humain, non pas à tra­vers les étapes d’une réflex­ion (implicite ou ver­bal­isée) qui le mèn­erait au pas­sage à l’acte, mais en aus­cul­tant les nerfs ou les pul­sions qui le poussent à agir. Mal­heureuse­ment, les affres psy­chologiques de Jean peinent à affleur­er à l’écran. La mise en scène, volon­taire­ment dis­tante et cher­chant à tout prix le réal­isme brut, enfile les scènes de con­flit sans en don­ner les clés. Ceux qui ten­tent d’aider Jean sont traités par lui comme des enne­mis au même titre que sa famille. Pourquoi ? Silence… On observe le per­son­nage, on l’épie comme une proie (ou un pré­da­teur, la sym­bol­ique un peu facile du chas­seur jouant sans cesse sur l’in­ver­sion des rôles chasseur/chassé) mais les états émo­tion­nels qui le guident restent dif­fi­cile­ment péné­tra­bles. Le choix du décor (la forêt vos­gi­en­ne), cen­sé met­tre en lumière l’animalité ou la minéral­ité des per­son­nages, se révèle du coup étrange­ment arti­fi­ciel. L’hermétisme du héros con­t­a­mine le film, le ren­dant abscons, la sen­so­ri­al­ité des lieux déployée à longueur de plans ne suff­isant pas à con­tre­bal­ancer cet effet de vide.

À trop vouloir filmer le non-dit (le fameux silence) par l’entremise d’images très « arty » (le film faisant plus penser au tra­vail d’un vidéaste qu’à une fic­tion), le réal­isa­teur pro­pose un univers clos sur lui-même, auquel le pub­lic peine à adhér­er. L’éloge du silence est un art dif­fi­cile. Soulign­er le bouil­lon­nement émo­tion­nel d’un être sans car­ac­téris­er a min­i­ma sa psy­cholo­gie se révèle un écueil majeur. Objet formel ary­th­mique et trop esquis­sé pour con­va­in­cre, La Fin du silence ennuie finale­ment plus qu’il ne fascine.